Biographie de Saint Gondelbert   ( ? - vers 675)    
       
       
       L’histoire de Saint Gondelbert nous reporte au VII° siècle, à l’ère mérovingienne.    
  Plus encore que pour Saint Sigisbert, l’ambiguité du nom a mis dans l’embarras les    
  historiens, rendu difficile l’identification du personnage en raison de l’orthographe    
  très variable sous laquelle on le désignait. Dans les textes qui nous occupent, on    
  trouve aussi bien Gundelbertus et Gombertus, traduit en Gondelbert et Gombert .    
         
       Une tradition fort ancienne, et que défendent encore actuellement  certains                 L'évêque de Sens, Saint Gondelbert,  
  savants bénédictins, qui rapporte que Saint Gondelbert avait été évêque de Sens                   fondateur de l'Abbaye de Senones.  
  avant de quitter son siège épiscopal et se retirer dans la solitude des Vosges,      
  au grand regret de ses fidèles, et où il fonda le monastère de Senones. Quel cas peut-on faire de cette tradition ?    
  Dans la liste des évêques de Sens, le nom de Saint Gondelbert ne figure pas au VII° siècle. Ce à quoi certains historiens rétorquent,  
  preuve en mains, que de ce temps les listes épiscopales ne comportaient pas le nom des évêques ayant quitté leur siège pour aller  
  mourir ailleurs. Ce qui expliquerait, par la négative, l’épiscopat de Saint-Dié à Nevers et de Saint Hydulphe à Trèves.    
       Par contre, la liste de Sens mentionne Aumbertus, qui fut évêque de 639 à 649, dates qui correspondent bien à notre Saint. Peut-  
  on identifier Saint Gondelbert sous un tel nom ? Le savant et historiographe pontifical qui a récemment étudié la révision de notre  
  Propre diocésain n’a pas rejeté cette possibilité. Dans un autre document, fort antérieur, puisque contemporain de Saint Gondelbert,  
  se réfère aux débuts de la fondation de Senones. Il s’agit du diplôme par lequel, en 661, Childéric II, roi d’Austrasie et neveu de Saint  
  Sigisbert, fait donation du Val de Senones au fondateur nouvellement installé, et ce en des termes qui fournissent un argument aux  
  des deux thèses historiques :      
       
    1. La donation est faite à « Gumbertus Episcopus », sans aucune mention du siège qu’il aurait occupé antérieurement.    
    2. Le bénéficiaire sera le « monasterium Senonicum ». Nous voyons apparaître ici pour la première fois le nom latin de    
        Senones, donné à la jeune Abbaye par Saint Gondelbert, en souvenir, semble-t-il, de sa chère ville épiscopale.    
       
       Donc évêque de Sens d’après la tradition, Gondelbert, épris de perfection évangélique, quitte son ministère pour mener la vie de  
  solitude et de pénitence des ermites au sein de la forêt vosgienne. Arrivé dans la vallée du Rabodeau vers 655, le roi d’Austrasie,  
  comme on vient de le voir, lui donne, en 661, le val de Senones. Il est aisé d’imaginer le cadre et les conditions de vie du nouvel  
  ermite, au sein de l’immense forêt vosgienne qui recouvrait, de son manteau de sapins, montagnes et vallées. La conquête romaine  
  l’avait soigneusement évitée, au point que seules deux voies pour gagner l’Alsace par les cols du Donon et de Bussang y existaient.  
       
       La donation de Childéric II était à la fois généreuse et intéressée. Il lui plaisait d’obliger ainsi un homme de Dieu et de favoriser  
  l’extension de la foi chrétienne dans cette région. Mais il savait aussi, par l’exemple de ses prédécesseurs, que la fondation d'une  
  abbaye ouvrirait un foyer de civilisation dans la partie la plus déshéritée de son royaume.      
       
       L’épiscopat de Saint Gondelbert est, bien entendu, mentionné dans sa vie composée par Richer, moine de Senones, trois siècles  
  plus tard, trop heureux d’enregistrer une tradition relativement fraîche encore, et qui rattachait l’histoire de son Abbaye à l’un des  
  sièges les plus fameux de la Gaule chrétienne. Rappelons que Sens, puissante cité gauloise, avait impressionné Jules César, qui  
  en fit son quartier général pendant la conquête. Sens fut, après Lyon, un des premiers diocèses constitués, devenant bientôt le  
  siège d’un archevêché dont, jusqu’en 1622, dépendit même l’évêché de Paris. Le trône de l’archevêque de Sens se voit encore à  
  Notre-Dame de Paris, en face de celui du Cardinal.      
       
       Donc Richer nous fait état des terres qu’avait déjà défrichées Saint Gondelbert dans cette large vallée marécageuse du Rabodeau,  
  il nous conte la vie pastorale du Saint et de la petite colonie de moines qu’il avait amenée. Sous des huttes de branchages, on vivait  
  de fruits sauvages et de cultures rudimentaires.      
       
       Devant l’afflux des disciples, la vie communautaire, faite de prière et d’austérité, s’organisa sous la règle de Saint Benoit. C’est la  
  naissance de la vie bénédictine dans cette nouvelle Abbaye de Senones. Il convient de noter à l’honneur de Saint Gondelbert, qu’il  
  introduisit le premier la vie bénédictine dans le diocèse, suivi bientôt par Saint Hydulphe à Moyenmoutier, tandis qu'un demi-siècle  
  plus tôt, la règle de Saint Colomban venait d’essaimer, de Luxeuil au Saint-Mont.      
       
       Un des premiers soins de Saint Gondelbert fut de doter sa communauté d’une église, qu’il dédia à Notre-Dame. Par la suite, il la  
  pourvut, sous le patronage de Saint Pierre, de bâtiments monastiques édifiés sans doute pauvrement avec la technique et le style  
  de l’époque. Rien n’en ayant subsisté, pas plus à Senones qu’ailleurs en France, nous ne pouvons qu’y voir les lointaines prémices  
  de cette vaste Abbaye qui, avec Dom Calmet, le 63° successeur de Saint Gondelbert, connut sa splendeur au XVIII° siècle, et dont  
  plusieurs ailes désaffectées sont encore debout.      
       
       Du séjour de Saint Gondelbert à Senones — un quart de siècle — du genre de vie qu’il y mena, rien de saillant à relever, car il  
  serait fastidieux même de résumer les lieux communs, forts édifiants d’ailleurs, qui remplissent la vie écrite par Richer. Disons  
  seulement, que ce Saint Gondelbert rejoint cette catégorie de Saints que nous aurions tendance à mésestimer, peut-être même  
  à juger sévèrement. Épris de perfection évangélique, ils ont quitté leur siège épiscopal ou leur ministère, plantant là leurs ouailles  
  pour aller vivre plus près de Dieu dans la solitude et la pénitence. Certes nombre ont vu leur plan déjoué par leur sainteté même,  
  en ce sens que des disciples n’ont pas tardé à venir les relancer dans la retraite et se mettre à leur école. Instruments dociles entre  
  les mains de Dieu, ils ont accepté, en toute simplicité, de reprendre dans leur forêt la houlette pastorale, sous une autre forme, et  
  de se dévouer encore aux âmes. « Que votre volonté soit faite, et non pas la mienne ». Voilà, semble-t-il, le trait de sainteté qu’il  
  convient de retenir pour ce Saint Gondelbert. C’est en ce sens que nous voyons Saint Pierre Damien, l’ardent réformateur du clergé  
  du XI° siècle, citer nommément le cas du fondateur de Senones dans le traité « de l’abdication de l’épiscopat ».      
       
       La mort de Saint Gondelbert pose une autre énigme pour les historiens. L’hypothèse la moins improbable, car Dom Calmet lui-  
  même hésite à s’y rallier, est qu’il aurait expiré pendant un pèlerinage qu’il aimait faire à Moyenvic. Ermite et pèlerin ! Deux styles  
  de vie qui, après tout, vont bien ensemble. Au bourg de Moyenvic, situé sur la Seille naissante, au diocèse de Metz, on vénérait le  
  tombeau de trois martyrs lorrains du VI° siècle : Saint Agent, Saint Pient et aussi Sainte Colombe. Signalons en passant que les  
  deux derniers sont titulaires de deux églises vosgiennes, pour Sainte Colombe : Frébécourt et Provenchères-lès-Darney et pour  
  Saint Pient : Autigny-la-Tour et Housseras. Saint Gondebert fut inhumé près de ces martyrs, ou bien ramena-t-on sa dépouille à  
  Senones ? Mystère ! En tout cas, on ne connaît aucune trace ou mention de son tombeau, et pas la moindre relique. Curieux  
  destin d’un Saint qui devait marquer d’une forte empreinte tout un secteur de ce diocèse et dont la fin est aussi obscure que les  
  débuts …      
       
       Ces incertitudes n’empêchent point son souvenir d’être demeuré vivant dans l’arrondissement de Saint-Dié. Nos ancêtres,  
  moins exigeants que nous, ne subordonnaient ni leur dévotion aux Saints ni l’intervention bienveillante de ceux-ci au verdict  
  de la critique historique. Comme bien on pense, l’Abbaye de Senones fêtait solennellement Saint Gondelbert, son fondateur,  
  sans renier pour autant le patronage de Saint Pierre donné au premier monastère. L’Abbaye disparue à la Révolution, une  
  nouvelle église dédiée à Saint Gondelbert  fut construite par la paroisse en 1860 sur les ruines de l’aile orientale.    
       
       A Bonne-Fontaine, près de la Grande-Fosse, existait jadis une chapelle Saint      
  Gondelbert,  que signale une pièce des Archives Départementales de 1487 (G. 573). 
 
   
  Sous la chapelle, une fontaine alimentait un établissement de bains géré par le      
  Chapitre de Saint-Dié, et dont l'eau, par l’intercession de notre Saint, guérissait les      
  rhumatismes et la goutte. Une chronique de Senones du XVIII° siècle raconte que      
  lors de travaux, on découvrit, sous un appentis voisin, « deux charrettes de vieilles      
  crosses et de béquilles » laissées là en ex-voto. La chapelle ayant été détruite, le      
  vocable fut transféré à l’église paroissiale de la Grande-Fosse, élevée en 1830. On y      
  conserve, outre la statuette de confrérie, une bonne peinture sur bois du XVII° siècle,      
  signée Alizard, où Saint Gondelbert figure agenouillé aux pieds d’une Vierge aux 12      
  étoiles. Le souvenir de cette chapelle Saint Gondelbert dont il reste quelques ruines,      
  est perpétué par une rue du village. La paroisse voisine de la Petite-Fosse possède,                    Chapelle Saint Gondelbert    
  au sud du village, une chapelle plus récente érigée en l’honneur de Saint Gondelbert,      
  et qui, d’après un registre paroissial, totalisa en 1860, voilà plus d'un siècle et demi, huit cents personnes aux deux pélerinages  
  de l’Ascension et du Lundi de Pentecôte.      
       
  Fêté le 2 juillet, on a attribué à Saint Gondelbert la première église d'Itteville. Il aurait fait une tractation avec Itte Ittevillae, dont  
  il était le confesseur, qui était fondatrice éponyme en 613 de la ville d'Itteville, épouse de Pépin de Lenden, premier ministre de  
  Clotaire II, au VIIe siècle.      
       
       
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      mise à jour le 28/9/2016