BADONVILLER, CAPITALE du COMTE de SALM    
     
               dès 1094 mais surtout de 1574 à 1751              dès 1094 mais surtout de 1574 à 1751    
     
   
 
 
       
       
              aujourd'hui commune de ( 54 ) Meurthe et Moselle    
     
     
     
 
 
 
  La Comtesse Agnès  
   
  Dom CALMET, abbé de Senones, écrit : "La première fois que je trouve expressément le nom de Badonviller est sous Bertolde Evêque de Toul, qui a    
     
  gouverné cette église depuis 995 jusques vers 1020" Badonviller entre dans le patrimoine des Comtes de SALM à l'occasion du mariage de Hermann    
     
  II de SALM avec Agnès de MONTBELIARD-BAR.  
     
  Les Comtes de SALM sont une très noble lignée, originaire de Salm en Ardenne (dans les Ardennes belges actuelles), proche parents des seigneurs    
     
  de Luxembourg.  Leur nom explique la présence de deux saumons (latin : salmo) sur le blason de la ville.  
     
  Agnès de MONTBELIARD est aussi connue aussi comme Agnès de LANGENSTEIN, ou Agnès de PIERRE-PERCEE, et même tout simplement, comme    
     
  "la Comtesse Agnès"  ; ces noms nous indiquent l'importance du chateau de PIERRE-PERCEE, proche de BADONVILLER. Ce dernier village existe déjà,    
     
  puisqu'il laisse des mentions en archives, mais il est bien modeste.    
     
  Les relations des Comtes de Salm avec l'Eglise sont déjà difficiles. Le chateau de PIERRE-PERCEE est assiégé par Etienne, Evêque de Metz et frère de    
     
  la Comtesse Agnès. (voir la page 51 intitulée "Le château de Pierre-Percée" sur l'histoire peut-être romancée de ce château)  
     
  A quel moment exact se situe le siège de PIERRE-PERCEE l'histoire ne le dit pas, mais la mémoire populaire garde le souvenir de terribles événements.    
     
  Les archives de l'Episcopat de Metz les présentent ainsi :    
     
  "Le château de PIERRE-PERCEE, appartenant aux Comtes de SALM, était alors la terreur du pays parce qu'il servait de retraite à des brigands qui    
     
  faisaient mille ravages dans les campagnes et arrêtaient les voyageurs.    
     
  Etienne en forma le siège, dressa trois forts autour de la place pour empêcher d'y faire entrer ni vivres ni secours. Il la tint ainsi investie plus d'un an et    
     
  la força de se rendre.''  
     
  En réalité, il ne s'agit pas de brigandage mais de grande politique : deux clans de haute noblesse se disputent le pouvoir en Lorraine ; les frères de la    
     
  Comtesse Agnès, dont l'évêque de METZ, d'une part, et son mari d'autre part, ont pris des partis différents.  
     
  D'après la légende, la Comtesse Agnès fut tuée au cours du siège de PIERRE PERCEE, peut être en 1148. Elle fut enterrée au cimetière de Raon les    
     
  Leau par Isembaut, ermite du lac de La Maix (67). Elle serait morte de blessures reçues dans un combat avec les gens de l'évêque de Metz sur un rocher    
     
  dit "La Pierre à Cheval". Les troupes ennemies occupaient tous les environs, et, pour inhumer son corps en terre sainte, on fut obligé de traverser toutes    
     
  les forêts pour arriver au village de Raon les Leau avec une bien faible escorte. La Comtesse Agnès serait donc enterrée là, près de son fils Guillaume.    
   
   
 
 
   
   
   
   
   
   
   
   
   
   
   
   
   
   
   
   
   
   
   
   
   
   
   
   
   
   
   
   
   
   
   
   
  Litiges avec l'abbaye de SENONES    (voir la page 39 intitulée "L'histoire de l'Abbaye de Senones")  
   
  Les Comtes de SALM sont en litige permanents avec les abbés de SENONES. Les premiers estiment être seigneurs de plein exercice, les seconds    
     
  se considèrent les véritables maîtres du lieu, les Comtes de SALM n'étant que leurs "voués" (titre alsacien désignant un seigneur laïc en charge des    
     
  intérêts matériels d'une institution religieuse).    
     
  Le feuilleton à épisodes de leurs luttes, qui anime tout le Moyen Age, nous est relaté par le chroniqueur RICHER, moine à SENONES. L'on appréciera    
     
  l'ambiance en lisant ce morceau, dans lequel RICHER nous raconte avec délices dans quelles circonstances Henri III de SALM fut d'après lui enterré    
     
  par sa propre mère sans être mort :   (voir page 42 intitulée : " Le moine Richer")  
   
  "Ledit Henri vécut longtemps en mariage sans avoir d'enfant, ce qui chagrina fort son épouse, qui finit par s'adresser à un chapelain expert en la    
     
  connaissance des choses naturelles, le sollicitant de lui indiquer le moyen de concevoir de son mari. Le clerc naturaliste leur donna un breuvage    
     
  qui eut l'effet désiré, mais le Comte en fut tellement débilité qu'il tomba en une maladie de langueur dont il mourut quelque temps après.    
     
  Tant qu'il vécut, il molesta grandement notre église. C'était un guerrier superbe, se fiant outre mesure à sa jeunesse et à sa vigueur. Il aspirait au    
     
  royaume d'Allemagne, nonobstant de grandes dettes, entraîné ainsi à opprimer et à piller l'Eglise de toutes façons.Il advint que Wildéric, abbé de ce    
     
  lieu, vint à lui demander de restituer certaines choses enlevées à notre église ( l'entretien eut lieu en ma présence, en la chapelle Saint Nicolas à    
     
  Deneuvre ). Le Comte, fort en colère, jura par Saint Nicolas qu'avant que la saint Rémi fût passée, il molesterait notre église et l'abbé, et qu'il aimerait    
     
  mieux être outre mer sans espoir de retour que d'y faillir. Ce que Dieu tout puissant a voulu venger en son occulte jugement. Car, peu après, vers la    
     
  fête de Saint Rémi, étant affaibli de son breuvage, il se mit au lit et mourut.    
   
  Entre tous les méfaits que, de son vivant, il s'était proposé d'accomplir, celui-ci est énorme à raconter : il conspirait à déposséder le Comte et la    
     
  Comtesse ses parents et à les enfermer dans un monastère afin de posséder tout le Comté. La Comtesse sa mère, ayant appris la nouvelle de sa mort,    
     
  émue du bruit déjà trop répandu, commanda de le porter hâtivement à la Haute Seille, pour l'y ensevelir. Ainsi fut fait.    
     
  La nuit suivante, on entendit au sépulcre une voix comme celle d'un homme se plaignant ; le matin venu, on le tira hors du sépulcre, et, bien que le    
     
  jour précédent on l'eût couché sur le dos, on le trouva retourné, la face contre terre. Les fossoyeurs virent ainsi que, lorsqu'ils l'ensevelirent, il    
     
  n'avait pas rendu le dernier soupir.  
     
  De là, on peut voir que ceux qui s'enorgueillissent contre Dieu ne parviennent guère ou jamais au milieu de leurs jours, car Dieu abat toutes choses    
     
  superbes."  
   
  Des Templiers à Badonviller  (voir page 21 intitulée : "Salm et le trésor des Templiers")  
   
  Une charte de mai 1257 nous revèle qu'il y avait des Templiers dans la région : Henri IV de Salm et dame Lorette, sa femme, font communauté avec le    
     
  Maître et les frères de la Chevalerie du Temple de tout ce qu'ils possèdent à Badonviller et son ban, en tout profits et us, à savoir hommes, femmes,    
     
  terres, prés, bois, eaux, dîmes, gerbages, moulins, pacages, rentes et toutes seigneuries, à l'exception des hommes d'Allencombes…    
       
  (voir page 5 intitulée : "      
   
  Exploitation minière  (voir page 8 intitulée : "Les forges de Framont")  
   
  Le litige entre les Comtes de SALM et l'abbaye de Senones ne fait que croître sous Henri IV de SALM, car les enjeux financiers prennent une toute    
     
  autre dimension. L'on vient en effet de trouver du fer sur le territoire du Comté, à Grandfontaine, près de la montagne de Framont et de l'actuelle    
     
  commune de La Broque (67). Il s'agit d'une mine d'importance, qui produira jusqu'au XIXème siècle.    
     
  Le litige prend alors une dimension échevelée. Henri IV fait déménager les meubles et la vaisselle de l'abbaye. L'abbé prononce des excommunications    
     
  quotidiennes contre le Comte, place la région sous interdit et refuse même le baptême aux enfants, ce qui, d"après les idée de l'époque, leur fermait    
     
  les portes du paradis. L'on ne s'étonnera donc pas que le Comté de Salm comporte un fameux sanctuaire "à répit" au lac de la Maix, à proximité d'un    
     
  ermitage. Finalement, l'on transige et l'on partage les produits de la mine.  
     
     
   
  Dédoublement du pouvoir comtal  
   
  Ce dédoublement commence en 1459, quand Jeannette de Salm épouse le Rhingrave Jean V. Bien que la lignée des Comtes de SALM ne soit pas    
     
  éteinte, un dédoublement au profit des Rhingraves se produit dans des circonstances assez obscures et se perpétue au siècle suivant. Nous en    
     
  reparlerons.  
     
     
   
  Renaissance et Réforme  
   
  -   Dédoublement de la lignée comtale  
   
  Le Moyen Age nous avait habitués à voir régner sur la région la lignée des Comtes de SALM.    
     
  Nous avons maintenant aussi une deuxième lignée, dite des Comtes sauvages, ou des Comtes du Rhin (Rheingraf en allemand, parfois francisé en    
     
  Rhingrave), ou même, jouant l'ambiguité, Comtes sauvages de Salm et du Rhin, si bien qu'il y a dualité du pouvoir. Eclaircir jusqu'au bout les    
     
  conditions d'apparition de cette dualité est probablement hors de portée, mais il suffit peut-être, pour comprendre, de constater comment les Comtes    
     
  de SALM (les vrais) l'utilisent à leur avantage, comme on le verra à l'occasion du coup d'Etat de 1571. Cette circonstance explique peut-être pourquoi    
     
  ils la tolèrent. En tous cas, il importe au généalogiste de savoir que les Rhingraves ne descendent en aucune façon des premiers Comtes de SALM,    
     
  en tous cas pas en ligne directe par les mâles. Louis SCHAUDEL les tient pour des imposteurs.    
   
  -   Introduction du protestantisme  
   
  C'est peut-être vers 1545 que le Rhingrave Philippe-François embrasse la Réforme.    
     
  Un temple est ouvert en 1555. On y célèbre le culte régulièrement. Les idées de la Réforme progressent au point que, parait-il, on ne célèbre plus la    
     
  messe qu'à Pâques, pour une poignée de catholiques.    
 
     
                 Un registre des baptêmes protestants est tenu de 1567 à 1624.  
       
       
       
  Vous êtes invités à voir les pages 62 documentées sur le protestantisme et    
       
  son développement au sein des grandes villes de la Principauté de Salm    
       
  dans l'étude intitulée " Protestantisme à Badonviller et Senones "    
   
   
   
       
   
   
   
   
  un document précieux...    
     
  L'on ne peut que conseiller la lecture de ce document exceptionnel, qui nous entraîne dans l'ambiance d'une petite ville "de refuge" au temps des    
     
  guerres de religion. C'est toute une petite population qui se met à vivre sous nos yeux.    
     
  À tout seigneur, tout honneur, commençons par parler de la noblesse, d'autant plus qu'elle est vraiment sur-représentée. Que de grands noms, qui    
     
  vivent sans doute pour certains dans la difficulté, ayant laissé leurs biens derrière eux dans leur fuite ! Ou tout au moins dans la crainte pour ceux    
     
  qui vivent à proximité et viennent faire baptiser leurs enfants à Badonviller. Car on vient de loin pour faire baptiser un enfant à Badonviller, qui sert    
     
  ainsi d'épine dorsale à la Réforme et étend son influence sur toute la Lorraine.    
     
  Voici François de HARAUCOURT Seigneur dudit lieu, noble Claude de RUIERES Seigneur de Lutricourt, Françoise femme à Renault de BARIZEY    
     
  Seigneur de Vandières, Lucrèce veuve du feu Seigneur de BIONCOURT, Madame de DUEILLY, Charles d'ASPREMONT Seigneur de Nantueil,    
     
  François de la GRAND FAUX, Anne D'HARRANGES veuve du feu Seigneur de Clamery, La PLANTE gentilhomme de la maison de Dame de DUEILLY,     
     
  Tante Barbe demeurant en la maison de Madame de DUEILLY, Gaspard d'ANGLURE Seigneur de Bonnecour, Noble Artus de VANDRAY Seigneur    
     
  de Mony, Mademoisele de NETANCOURT, ROUGEAU Sieur de Sordaille, Noble Mr Des COUSTURES Gouverneur au comté de Salm, Monseigneur    
     
  le Comte Casimir de FENESTRANGE, Mme Elisabeth femme du Seigneur Jan de VERDUN, Marie de MALBERT femme dudit Seigneur de CHASTEAU    
     
  BREHEIM, Claude FRESNOLE Seigneur de Loppy ; Adolf de BEAUVAU, noble Seigneur de Rortel.    
     
  Certaines mentions nous surprennent voici : "Marthe DOMBALLE femme à George HUGENIN Maître eschevin en la justice de son Excellence De    
     
  Waudemont", "Daniel SAINTE MARIE Mayeur en la justice de Monseigneur de Waudémont". De VAUDEMONT, c'est le Duc de Lorraine en personne,    
     
  un catholique sans faille qui n'apprécierait sans doute guère que la Réforme se soit infiltrée jusqu'en sa justice.    
     
  Outre ces gens d'importance, c'est tout un peuple grand, moyen et petit que fait revivre le registre : chatelains, arquebusiers, capitaines, maîtres de    
     
  forge, gruyers, orfèvres, drapiers, maçons, serviteurs et servantes, sans oublier le maître des Hautes Œuvres Marx HAUSSER von MESSKIRCH.    
     
  Quelques personnages que l'on imagine hauts en couleur : le ministre Mathieu de l'AUNOIS, "depuis révolté" ; ou Claude MOREL, "prestre dissimulé,    
     
  très meschant qui contrefaisoit le médecin" ;  
     
  Les événements dramatiques transparaissent, le lieu d'origine des immigrés coïncide avec les persécutions, d'autres drames aussi : le 17 novembre    
     
  1567, le petit Israël THIEBAULT, de Haraucourt, est baptisé "Sans parreins ni marreines et mesmes hors la ville pour crainte du danger de peste qui    
     
  estoit pour lors audit lieu d'Haraucourt"    
     
     
     
  Le coup d'Etat de 1571  
     
  Le 29 décembre 1571, se produit un véritable coup d'Etat, dont les auteurs sont Jean IX, Comte de SALM, et Frédéric, Comte sauvage du RHIN et    
     
  de SALM. A l'appel des deux Comtes, qui sont aussi beau-frères, les habitants de toute la seigneurie convergent vers Senones et se rassemblent    
     
  dans l'abbaye. Les deux compères demandent aux habitants s'ils veulent les accepter comme leurs seigneurs, et précisent que les communautés    
     
  conserveront tous leurs droits. Les habitants acceptent, lèvent la main et prêtent serment d'obéissance et de fidélité aux comtes. Le pouvoir de    
     
  l'abbaye de Senones sur la région est terminé.  
 
 
   
   
   
 
 
   
   
   
   
   
   
   
   
   
   
          Frédéric 1er comte sauvage    
            du Rhin et de Salm    
    Jean IX comte de Salm  
   
  Nos deux conjurés sont donc maintenant co-seigneurs indiscutés du Comté de SALM et ils habitent tous deux conjointement à Badonviller, la    
     
  capitale du comté de Salm. Un petit détail : l'un d'eux, le Comte de SALM est catholique, l'autre, le Comte Rhingrave, est protestant.    
   
   
   
  Montée en puissance de Badonviller    (voir page 48 intitulée : "Diane de Dmmartin")   
   
  En 1574, Diane de Dommartin, veuve du Rhingrave Jean Philippe tué à Moncontour, vint s'installer à Badonviller qui se tranforma rapidement de    
     
  village en bourgade, et fit figure de capitale de la terre de Salm.    
     
  Mais les choses se préparaient peut-être depuis quelque temps, car les deux co-seigneurs s'étaient déjà fait construire de beaux logements pour    
     
  leurs séjours à Badonviller. D'après Louis SCHAUDEL :  
     
  "Pour leurs séjours à BADONVILLER, ils disposaient de deux grandes maisons, reliées par une galerie et restaurées en 1570 par les soins de    
     
  l'ingénieur Claude MARJOLET, venu de Nancy à Badonviller pour organiser et diriger les travaux.    
     
  Ceux-ci furent effectués par M. Jean LOURS, maçon tailleur, Adam Jean COLOTTE et COLLARDIN, charpentiers, M. Noël ESTIENNE, peintre et    
     
  l'ingénieur Jean de BARBAS, maréchal et Nicolas CLAUDE, serrurier, tous demeurant Badonviller & M. Nicolas WYRIOT, charpentier, et Georges    
     
  POIRSON, recouvreur, demeurant à Blâmont."  
     
     
     
  Industries  
     
  Badonviller est renommé pour la fabrication des armes, exercée par les arquebusiers. En 1509 un "hacquebutier" nommé CHRESTIEN    
     
  fournit des épieux de chasse au Duc de Lorraine De 1566 à 1577 maître Didier WIRION envoie de canons d'arquebuse et des pistolets    
       
  à Jean IX, comte de Salm.    
     
  En 1579, Demangeon GALET, dit WIRION construit une meule "à esmoudre et percer canons de harquebuses" sur le ruisseau    
     
  de Brémenil. En 1606 le comte de Salm " laissa et ascensa à perpétuité à Jean et Paul les MATHIS, frères maîtres forgeurs de canons à    
     
  Badonviller, la moitié du cours de l'eau provenant du ruisseau de Brémenil, sur lequel ils tiennent une meule à esmoudre et fourrer canons, au-    
     
  dessus de celle que tient Jean VIRION, maréchal demeurant à Neufviller".  
     
     
   
  Reîtres, lansquenets, seigneurs de la guerre  
   
  Pendant près d'un demi-siècle, nous allons voir Badonviller gouvernée par deux co-seigneurs, l'un catholique et l'autre protestant, dans des    
     
  conditions tout comptes faits assez harmonieuses, au point qu'en 1598, une velleité de partage se terminera en pseudo-partage ; ceci pourrait nous    
     
  donner l'illusion réconfortante que la tolérance est toujours possible dès lors que les intérêts économiques convergent. En réalité, pour voir qu'il    
     
  n'en est rien, l'on rappellera ce qui suit :    
     
  Le 20 mai 1525, lors de la Guerre des Paysans, notre région voit le terrible massacre de Scherviller, qui fait 12 000 morts environ, la plupart côté    
     
  protestant. Les catholiques sont sous la direction non seulement du duc de Lorraine, mais aussi du Comte de SALM de l'époque.    
     
  Si les VAUDEMONT, Ducs de Lorraine, sont des idéologues qui ne changent pas de camp (c'est le parti des Guise et de la Ligue), les co-seigneurs    
     
  de SALM sont tout aussi dangereux mais dans un autre genre. La mort est leur métier. Ce sont des seigneurs de la guerre, au service d'abord    
     
  d'eux mêmes. La tolérance apparente n'est en fait que renversements d'alliances complexes et billard à quatre bandes. En pays de Salm, à la fin des    
     
  gerres de religion, les catholiques ont gagné, mais l'abbaye de Senones est définitivement éliminée du jeu politique. Cherchez l'erreur ... En sens    
     
  inverse, il arrive aux Rhingraves, de figurer parmi les colonels de lansquenets et de reîtres embauchés par les rois de France Charles IX et Henri II    
     
  pour combattre les calvinistes, et d'exploiter les dissensions entre calvinistes et luthériens pour galvaniser leurs troupes (luthériennes) au profit    
     
  du parti catholique. C'est au service du Roi de France, donc côté catholique, que le Rhingrave Jean Philippe a été tué à Montcontour par l'amiral    
       
  de COLIGNY.    
     
  Pistolets et arquebuses fabriqués à Badonviller avec le fer de Grandfontaine ont fait mal aux protestants sur ce champ de bataille et sur d'autres.    
     
     
   
  Fonctionnement du pouvoir double  
   
  Les deux comtes avaient, pour les représenter à Badonviller, chacun son châtelain exerçant en commun l'action souveraine sur tout le comté de    
     
  Salm resté indivis jusqu'en 1598. Nous trouvons ainsi successivement en fonctions, en 1564 Bertrand LOUVYOT, en 1569 Jean BARNET, en 1597    
     
  Nicolas JACOB, en 1598 DIETREMANN, pour le comte de Salm Jean IX et Jean SAFFROY, Jean HANUS, de BILISTEIN, Guillaume GILLE pour le    
       
  Rhingraf Frédéric.    
     
  Parmi leurs collaborateurs vient au premier rang le Gruyer, officier chargé de la garde des bois et des rivières du comté. En 1564, cet officie est    
     
  exercé par Jean SAFFROY, que nous retrouvons comme châtelain en 1570 et remplacé à cette date par Jean LIEBAULT; en 1591 et 1598, fonctionne    
     
  Demenge ROUYER.  
     
  Deux portiers, établis en commun par les deux seigneurs auxquels ils prêtaient serment, gardaient alternativement, de jour, et secondés par un    
     
  bourgeois, les deux portes de la ville. Ils faisaient de même alternativement, la nuit, le guet à la TOUR D'EN HAUT. Quant au guet de nuit de la    
     
  PORTE D'EN BAS, il était assuré par les pâtres... Portiers et pâtres devaient sonner, à chaque heure de la nuit, les cloches des tours, pour prouver    
       
  leurs veilles.    
     
  Les portiers, après la fermeture, portaient tous les soirs les clefs des portes aux deux comtes ou à leurs châtelins. Les émouluments des portiers    
     
  incombaient, pour les trois quarts aux comtes et, pour un quart au Commandeur de Saint-Georges de Lunéville. En 1589, nous trouvons MENGIN    
     
  Magdeleine, portière et Nicolas HANZO, portier; puis Nicolas BARBIER et Mengin MASSON, en 1590.    
     
  Pour la défense de la ville, une institution, dite la centaine de Badonviller, réunissait dans la seconde moitié du XVI è siècle, 68 arquebusiers, 2    
     
  sergents de bande, avec banneret, tambourin et fifre, ... Revêtus d'une casaque aux couleurs de Salm, ils fournissaient des escortes aux seigneurs    
     
  de passage, des éclaireurs en temps de troubles ou de guerre, et formaient même parfois des petits corps d'expédition, comme en témoigne une    
     
  lettre de l'abbé de Haute-Seille se plaignant que les officiers de Badonviller, à la tête de 24 arquebusiers, étaient venus à Haute-Seille s'emparer de    
     
  26 têtes de bétail en gage, par suite du refus de payer les contributions dues au comte de Salm pour droit de sauvegarde."    
     
  Badonviller est renommé pour la fabrication des armes, exercée par les arquebusiers. En 1509 un "hacquebutier" nommé CHRESTIEN fournit des    
     
  épieux de chasse au duc de Lorraine. De 1566 à 1577 maître Didier WIRION envoie de canons d'arquebuse et des pistolets à Jean IX, comte de Salm.    
     
  En 1579, Demangeon GALET, dit WIRION construit une meule "à esmoudre et percer canons de harquebuses" sur le ruisseau de Brémenil. En 1606    
     
  le comte de Salm " laissa et ascensa à perpétuité à Jean et Paul les MATHIS, frères maîtres forgeurs de canons à Badonviller, la moitié du cours de    
     
  l'eau provenant du ruisseau de Brémenil, sur lequel ils tiennent une meule à esmoudre et fourrer canons, au-dessus de celle que tient Jean VIRION,    
     
  maréchal demeurant à Neufviller".  
     
  Un événement majeur dans la destinée de Badonviller intervint en toute fin du XVIè siècle : le 15 avril 1597, mariage entre le comte François de    
     
  Vaudémont et Christine de Salm, devenue héritière du comte Jean IX par contrat de donation du 12 mars 1597.    
     
  Un inventaire complet de tous les biens du comté fut dressé, on le partagea en deux lots A et B et le comte de Salm reçu le B. L'acte de partage fut    
     
  signé à Badonviller le 31 août 1598, et définitivement les 8 et 9 septembre à Nancy et Neufviller-sur-Moselle. Badonviller restera capitale de cet    
     
  étrange partage entre les comtes, non sans que cela cause d'énormes problèmes de gestion.    
       
       
 
     
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
     
   
  Le pseudo-partage de 1598   (voir la page 53 intitulée : "1598, partage du Comté cde Salm")  
   
  L'année 1598 voit un partage, ou plutôt un pseudo-partage, de la terre de SALM entre d'une part les Comtes de SALM (ou plutôt en réalité la maison    
     
  de Lorraine, car Jean IX va bientôt mourir sans héritier mâle, et son héritière, sa nièce Christine, a épousé François de VAUDEMONT) ; et d'autre    
     
  part les Rhingraves.  
     
  Partager le Comté, cela paraît logique quand on voit l'étrange attelage qui le guide : le très catholique Duc de Lorraine d'une part, et le Rhingrave    
     
  protestant d'autre part.  
     
  En réalité, le partage est impossible.  
     
  L'on se souvient que le Comté de SALM possède, à Framont Grandfontaine des mines de fer de grande envergure. C'est la seule richesse de ce    
     
  pays de montagne impropre à l'agriculture, et c'est l'épine dorsale de son économie.    
     
  Le reste du territoire est une zone boisée qui fonctionne au service des mines, leur fournissant bois et énergie. Les villages y sont petits, explosés    
     
  en hameaux dont la géographie précise est toujours changeante (le travail se trouvant au fond des bois). Le Comté de SALM est une seigneurie    
     
  entreprise fondée sur l'exploitation de ses mines et de ses forêts, l'un n'allant pas sans l'autre.    
     
  Il n'y a donc pas de partage équitable possible. Le gagnant est forcément celui qui obtient l'ensemble minier La Broque / Grandfontaine/Framont,    
     
  indivisible et encore n'est il pas certain qu'il ait gagné quelque chose s'il perd l'arrière-pays, car les mines ne sauraient se passer de bois pour le    
     
  soutènement et l'énergie, ni de ruisseaux pour le flottage et le transport.    
     
  C'est donc un pseudo-partage qui est réalisé : seuls les plus petits villages sont attribués à l'un ou à l'autre ; les bourgades un peu importantes,    
     
  dont Badonviller, sont réparties maison par maison, les grands équipements restant communs. Moyennant quoi, la seigneurie-entreprise est fort    
       
  bien gérée.    
     
  Les comptes sont tenus de façon précise. Tout ce qui peut rapporter est mis en adjudication, y compris le moindre essaim d'abeilles. Moulins    
     
  et "scyes" (scieries seigneuriales) se multiplient au fond des bois, témoignant d'un développement économique certain. Les comptes sont    
       
  remarquablement tenus    
     
   "Ce partage, qui laissait d'ailleurs subsister la communauté de droits et de revenus, établit sur toute l'étendue de l'ancien comté, une infinité de    
     
  terres contiguës de nationalité différente, dont l'administration plus difficile ne pouvait manquer de soulever de fréquents conflits. Aussi, les    
     
  Rhingrafs, dont les possessions furent érigées, par l'empire, en principauté le 8 janvier 1623, cherchèrent-ils à mettre un terme à un état de chose,    
     
  qui cependant ne prit fin qu'en 1751 lors d'un nouveau mais véritable partage"    
 
 
 
  Fin de la communauté protestante  
   
  C'est peut-être cette impossibilité de procéder à un partage qui fait que le Rhingrave Philippe Othon se laisse convaincre de revenir au catholicisme,    
     
  le 8 janvier 1623, en échange d'une belle promotion : il portera désormais le titre de Prince de SALM.    
     
  La terre de SALM se compose donc maintenant d'une partie princière relevant des ex-Rhingraves, et d'une partie Comtale absorbée de fait par la    
     
  Lorraine, les deux étant totalement imbriquées.    
     
  Le sort de la population protestante se dégrade jusqu'à finir en persécutions. Cette population se convertit ou se disperse. On en retrouve une    
     
  grande partie à Sainte-Marie-aux-Mines, où elle emporte son registre paroissial. On en retrouve aussi en Suisse.    
     
  Badonviller perd la partie la plus dynamique de se population, et redevient un village.    
   
     
   
  Opérations militaires  
   
  La guerre de Trente Ans (1618-1648) ne frappe le pays de Salm qu'en 1635, mais elle se fait sentir bien avant. Proximité des combats, préparatifs    
     
  militaires, logements de troupes, recrutements militaires, obstacles à la vie économique : tous ces inconvénients ne sont pas négligeables, même    
     
  si le pays peut faire figure de havre de paix en comparaison de ses voisins alsaciens et lorrains. L'agressivité ambiante générale donne lieu à une    
     
  flambée de procès de sorcellerie, et la misère du temps est sans doute pour quelque chose dans le développement de la peste. Pendant de    
     
  nombreuses années, celle-ci couve à bas bruit au fond des forêts, puis elle explose en 1635 de façon importante et peut-être épidémique.  
     
  Cependant, ce n'est qu'en 1635 que Badonviller est investie et pillée par les troupes franco-suédoises.    
     
  Les troupes françaises seront à nouveau présentes dans les années 1670 et suivantes.    
     
     
 
  Où est passée la population ?  
   
  Les destructions humaines provoquées par ces guerres dans le pays de Salm sont difficiles à apprécier. Protégée par ses forêts et par ses montagnes,    
     
  notre région a moins souffert que ses voisins, même si elle a souffert quand même.    
     
  Cependant, certains documents présentant le pays comme quasiment vide sont extrèmement surprenants.    
     
  L'exemple de La Broque (et environs) est particulièrement frappant. Ce secteur minier a toujours été densément peuplé. Lors d'un recensement en    
     
  1634, l'abbaye de Senones y trouve 98 "feux" (familles) ; or, en 1661, du moins pour la part du Prince, il n'y aurait plus que quatre familles (deux à    
     
  Vipucelles et deux aux Quelles), multiplions ces chiffres par deux pour tenir compte du fait qu'ils doivent être complétés par la partie comtale : cela    
     
  donne encore l'impression d'un pays vidé de sa population. Or, les mines ont toujours fonctionné et par ailleurs, dans peu d'années, en 1678,    
     
  démarrera un registre paroissial disponible qui nous montre une population non négligeable. Même si l'on tient compte d'une possible immigration,    
     
  il est permis de penser qu'une partie de la population manquante n'était pas loin.    
     
  En fait, elle était dans les bois, qui lui servirent de refuge et de moyen d'existence, grâce à la contrebande de bois. S'agissant d'une population de    
     
  forestiers, elle était probablement à peine dépaysée.    
     
  La période des guerres, entre 1635 et les années 1670, donne l'occasion d'une certaine réappropriation de la forêt par le petit peuple. Les tournées    
     
  en forêt que font les forestiers du service de la Gruerie pour percevoir les loyers des scieries se soldent par des échecs, étrangement la plupart    
     
  des fonctionnaires de ce service étant d'ailleurs tués dans des conditions mystérieuses.  
     
  La guerre de Trente Ans marque une rupture. Il y a un avant et un après. Quand l'autorité cherche des témoins pour dire qui était propriétaire de    
     
  quoi avant les hostilités, on lui répond qu'il n'y a plus personne d'assez âgé pour répondre. Quelques biens changent de mains à cette occasion.    
     
  Quelques noms changent aussi, c'est à dire : plus que de coutume. Certes, nous sommes en Lorraine, non en France, et il n'y a pas d'obligation    
     
  légale que les soient fixes (il convient à ce propos de souligner que noms lorrains, quoique francophones, sont à distinguer des noms français :    
     
  ils sont plus jeunes, plus proches de leur origine éthymologique, et le sens en est en général reconnaisable). Cette circonstance n'est pas un fait    
     
  volontaire. Mais force est de constater que la variabilité des noms atteint de telles proportions que le généalogiste en est frustré. Une fois qu'il a    
     
  épuisé les registres paroissiaux pour remonter ses lignées, il espère gagner une génération ou deux avec des documents de secours. En pays de    
     
  SALM, il s'imagine être en droit d'y parvenir aisément, car les documents nominatifs se ramassent à la pelle : le pseudo-partage de 1598 a donné    
     
  lieu à des listes nominatives d'habitants dans certains villages ; les livres de comptes des seigneurs sont bourrées d'indications : quel paysan    
     
  exploitait tel micro-équipement et choses de ce genre .... cela dit, au moment d'essayer de renouer les fils entre eux, on n'y parvient pas, sauf    
     
  exception. Le seigneur donne un nom, en général basé sur la profession ; le curé en donne un autre, souvent un prénom transformé en nom de    
     
  famille ; et, pour peu que la mémoire collective soit défaillante, ou que l'individu ait quelque chose à cacher, la variabilité explose.  
     
  Pour s'en convaincre, le lecteur pourra comparer deux documents sur le site de Pierre Juillot : le premier est intitulé A la Broque en 1598, il s'agit    
     
  de l'exploitation de la liste nominative des habitants réalisée à l'occasion du pseudo-partage ; le second document est le registre paroissial du lieu,    
     
  qui démarre en 1678. Entre ces deux documents, moins d'un siècle, à peine trois générations. Et pourtant, il n'y a presque pas de presque pas de    
     
  patronymes qui soient communs aux deux. On dirait que quelque chose a été escamoté.    
     
   
  Le partage de 1751    (voir la page 55 intitulée : "1751, création de la nouvelle Principauté")  
   
  Le 21 décembre 1751, fut conclu un nouveau partage du territoire entre le prince Nicolas-Léopold de Salm-Salm et le roi Stanislas, duc de Lorraine    
     
  qui avait hérité des droits des anciens ducs.  
     
  Aux termes de cet accord, le prince obtint, en toute propriété, la partie de l'ancien comté situé à gauche de la rivière de Plaine à savoir une trentaine    
     
  de localités: Senones qui devait devenir la capitale, Ménil et Saint Maurice-les-Senones, Vieux-Moulin et les Frénot, Allarmont, Albet, La Broque,    
     
  Grandfontaine, les forges de Framont, Fréconrupt, Vipucelles et Quevelles, Plaine, Champenay, Diespach, Saulxures, Bénaville et le Palais, La    
     
  Petite-Raon, Paulay, Raon-sur-Plaine, Celles, Moussey, Belval, Saint-Stail, Grandrupt, Le Vermont, Vexaincourt, une population d'environ 10 000    
       
  habitants.    
     
  Nous avons donc bien maintenant une principauté de Salm d'une part, un Comté de Salm d'autre part, complètement séparés, avec un bornage    
     
  pour délimiter les territoires.  
     
     
 
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
       
   
  La Principauté de SALM est indépendante, ni française, ni lorraine, ni rien d'autre ; il s'agit d'une curiosité historique ; elle est totalement souveraine    
     
  et le reste jusqu'à la Révolution, bien que son territoire soit à peu près de 20 kilomètres sur 12.    
     
  Le reste de l'ancien pays de SALM, dont BADONVILLERS, constitue une partie comtale nettement distincte de la principauté ... si tant est qu'il    
     
  soit encore sérieux de parler de Comté de SALM. Nous avions vu, lors du pseudo-partage de 1598, que le Comté de SALM ne se distinguait de    
     
  la Lorraine que de façon assez fictive. Maintenant, en plus, c'est la Lorraine qui ne se distingue plus de la France que de façon fictive, puisque le    
     
  nouveau Duc de Lorraine est le Roi déchu Stanislas de Pologne, beau-père du Roi de France. La lignée de VAUDEMONT n'est pas éteinte, mais elle    
       
  a été écartée.    
     
     
     
  Révolution  
   
  Ce grand événement débuta à Badonviller par une assemblée du Tiers-Etat tenue, le 17 mars 1789, dans l'Hôtel de Ville. La ville, comptant alors    
     
  380 feux, choisit comme députés : Joseph DUPARGE, prévôt; Ferdinand PLEIGNER, syndic; Louis-Joseph CHENAL, rentier; Joseph-Hubert GANIER,    
     
  négociant, chargés de porter le cahier de remontrances de la ville, à Lunéville pour l'assemblée fixée au 23 mars, devant le lieutenant-général du    
     
  baillage. Ce cahier comprenait 31 articles, dont les extraits suivants ont été relevés par Louis SCHAUDEL :    
     
  Le Tiers Etat demande :  
     
  " Qu'aucun impôt ne puisse être établi ou prorogé, que du consentement de la nation.    
     
  Qu'on achève la route de d'Ogéviller à Badonviller et qu'on la prolonge jusqu'à Allarmont.    
     
  La suppression des maîtrises des eaux et forêts et le rétablissement de la gruerie de Badonviller.    
     
  Qu'on rende aux forgerons, boulangers, cloutiers, tonneliers, etc, le droit de prendre le bois nécessaire à leur profession dans les forêts du roi,    
     
  droit leur avait été concédé en 1596.  
     
  L'autorisation de défricher les bois communal, dit de la Voivre contenant 200 arpents.    
     
  Que le prévôt de Badonviller juge en dernier ressort jusqu'à 150 livres et que la procédure soit simplifiée.    
     
  L'abolition de la banalité des moulins.    
     
  Que le sel soit moins cher et de meilleure qualité.
 
 
     
  Que le tabac soit meilleur et le prix diminué de moitié.    
     
  La suppression de la dîme des pommes de terre.    
     
  La suppression du droit de guet et de garde au    
     
  château de Pierre-Percée qui est ruiné. Que la  
     
  police soit administrée par les officiers municipaux.    
     
  L'établissement d'un impôt unique pour tous les    
     
  besoins de l'état.  
     
  Que le clergé et la noblesse supportent leur part    
     
  de cet impôt.  
     
  Que les ministres soient responsables de leur    
     
  administration et punis dans le cas de prévarication.    
     
  La suppression de la vénalité des offices et la gratuité  
     
  de la justice. "  
     
   
   
  Les bonnes pierres du Lac de la Paix  
   
  La fois là, au temps où la terre de Salm ne s'appelait pas encore la terre de Salm, les Bonnes Pierres de Bethléem donnèrent un enfant merveilleux    
     
  à une vierge nommée Marie.    
     
  Comme elle était sans toit et sur le point d'accoucher, les Bonnes Pierres s'ouvrirent, comme elles savent le faire quand elles veulent, formant une    
     
  grotte où l'enfant put venir au monde. C'était un enfant divin et même plus : c'était Dieu lui-même. Non pas qu'il ait abandonné sa demeure du ciel et    
     
  la direction de l'univers, bien sur, mais, comme c'était Dieu, c'était rien pour lui de se dédoubler en deux personnes, le Père et le Fils.    
     
  Or, le Roi Sauvage de la contrée l'apprit, et il craignit que l'enfant-Dieu ne voulût devenir roi à sa place. Il convoqua donc tous ses soldats et leur    
     
  ordonna de massacrer tous les petits garçons du pays sans en oublier aucun.    
     
         La pauvre Marie n'avait plus qu'à se sauver avec son poupon, qui s'appelait Jésus.    
     
         S'étant perdue, elle arriva dans les environs de Vipucelle, qui ne s'appelait pas encore Vipucelle. Les belles forêts vosgiennes l'effrayaient et,    
     
         en même temps, la rassuraient. Quel soldat viendrait la chercher ici ? A cette époque, les grands de l'Empire ne savaient même pas que ce pays    
     
         existait.  
   
         Remerciant les Bonnes Pierres, elle s'apprêtait à installer ici sa demeure, quand elle entendit comme une musique dans le lointain.    
     
         Or, la musique, c'est bien beau, mais souvent, cela annonce un seigneur en déplacement, une meute en train de chasser, et toutes sortes de    
     
         choses menaçantes pour le petit monde, dont Marie faisait partie. La musique des cors redoubla d'intensité, paraissant plus proche. Marie    
     
         murmura à son poupon : "Ça me schmecke mie !". Puis elle le souleva et reprit sa route.    
     
         La musique devenait de plus en plus distincte, et des aboiements de chiens commençaient à s'y mêler. C'était la chasse du Roi Sauvage, et elle    
     
         savait fort bien ce qu'elle chassait, à savoir Marie et le petit Jésus.    
     
         La pauvre femme se mit à courir, aussi vite qu'elle le pouvait, malgré les pentes et les broussailles, mais certes, elle n'allait pas aussi vite que    
     
         des hommes à cheval et leurs chiens, qui se rapprochaient sans cesse.    
     
         Sa course la mena jusqu'aux abords de Grandfontaine. Les pierres du coin parlent d'elle encore aujourd'hui, surtout celle que l'on appelle la    
     
         Roche de la Marie des Bois.  
   
         Elle arriva enfin au bord du lac de la Maix complètement épuisée.    
     
         "Assieds toi un instant", lui dirent les bonnes pierres du lac. Et elles formèrent comme un petit siège de pierre que l'on put voir encore    
     
         longtemps, et que l'on continuait de vénérer au temps de la Gargantine, une femme dont nous reparlerons.    
     
         Bien reposée, Marie put échapper à ses poursuivants, mais les autres petits garçons de la région furent tous tués, certains sans avoir reçu le    
     
         baptême.  
     
         L'abbé de la région, plus méchant encore que les soldats du Roi Sauvage, décida qu'ils ne pourraient aller au paradis. Pas de baptême, pas de    
     
         salut ! Telle était la règle qu'il avait instituée et il ne s'en écartait pas. Que les petits innocents soient privés de leur part de paradis, c'était pour    
     
         lui, bien peu de chose en comparaison de ce qui comptait vraiment à ses yeux, à savoir un respect sans exception possible des lois qu'il avait    
     
         instituées, et qui réservaient le paradis aux enfants auxquels il avait apposé sa marque.    
     
         Cela, bien sur, les Hautes Pierres n'allaient pas le tolérer. Elles tinrent chapitre au Lac de la Maix pour délibérer du problème.    
     
         "Il me semble, dit d'Aînée des Pierres, que cela ne nous dérangerait guère de permettre que les petits innocents soient posés à notre sommet    
     
         une seule nuit, le temps pour eux de recevoir le baptême des anges, qui vaut bien celui de l'abbé."    
   
         Les autres en convirent, et ainsi fut fait. Les pierres du Lac de la Maix devinrent des pierres à répit. On y exposait une nuit les petits cadavres,    
     
         puis on les enterrait à proximité, au cimetière des Innocents.  
     
         Ainsi fit-on au cours des siècles, jusque presque à nos jours. Au dix-neuvième siècle encore, mon lointain cousin, Frédéric-Adrien Wiedemann,    
     
         propriétaire de l'Hôtel des Deux Clés à Rothau, emmenait encore ses clients en excursion au Lac de la Maix et leur montrait les restes du    
     
         cimetière des Innocents, que l'on pouvait encore voir à son époque.  
     
         Le petit Jésus grandit et fit des miracles. C'était un très grand saint, peut être plus puissant encore que Saint Matterne, Saint Hydulphe ou    
     
         Sainte Odile.  
   
         Malheureusement ses ennemis finirent par le rattraper. Comme le raconte la Bible, le méchant abbé de Jérusalem s'entendit avec les Romains    
     
         du Pape d'alors pour l'accuser à tort ; et, à eux tous, ils réussirent à le faire crucifier.    
     
         Au pied de la Croix, il y avait, pour recueillir son dernier souffle, un ancêtre de la future maison des Comtes de Salm, du moins c'est ce qu'on    
     
         racontait encore au 18ème siècle. Jean Tanner, auteur d'une Histoire des héros de Sternen imprimée à Prague en 1732, y croit dur comme fer.    
     
         (voir la page 76 intitulé "Débuts de l'histoire de Salm" où est reproduite la curieuse lettre à sa famille de Julien II de Salm qui est au service de    
     
         l'Empereur Tibère)  
     
     
   
  Qu'est-ce que la terre de Salm ?  
   
  Qu'est-ce que la terre de Salm ? La question est difficile, car nous sommes au Moyen Age, à l'époque féodale. La terre de Salm, c'est la terre qui    
     
  appartient à la famille du même nom. Ses frontières varient donc au gré des acquisitions, ventes et partages. Il y a peu en commun, au point de vue    
     
  géographique, entre le premier Salm, situé au Luxembourg belge, et la dernière principauté de Salm, aux confins de l'Alsace et de la Lorraine. C'est    
     
  ce dernier espace qui nous intéressera le plus au plan généalogique. Par convention, dans le présent ouvrage, nous appellerons 'Terre de Salm"    
     
  le territoire correspondant à cette principauté. Mais il faut savoir que, d'un point de vue politique, la notion de terre de Salm varie énormément selon    
     
  les époques.  
     
  Sans chercher à suivre chaque vente de terrain (on n'en sortirait pas), on peut au moins dégager les grandes lignes suivantes :    
   
  Le Comté primitif (Ardenno-Vosgien)  
  (9ème siècle jusqu'en 1170)  
   
  Constitué au neuvième siècle, il est situé dans l'Ardenne belge, où un village de Salm, ou Vielsalm, existe toujours aujourd'hui. Issue de la puissante    
     
  maison de Luxembourg, la maison de Salm étend ses possessions vers le Sud Est, jusqu'à la région qui nous intéresse (Senones, la Broque, …)    
     
  sans toutefois qu'il s'agisse d'un espace totalement continu.  
     
  Jusqu'à cette date, lorsqu'on dit, "le Comte de Salm", cela veut dire Salm en Ardenne, même si ce Comte possède des terres dans notre région.    
     
  Le château de Salm en Vosges n'existe pas encore.    
     
  Henri 1er de Salm décède en 1170, laissant deux fils :    
     
  - Henri II hérite de ses terres vosgiennes  
  - Ferry hérite de Salm en Ardenne  
     
  Il s'agit du premier de ces redoutables partages qui se succèderont tout au long des siècles, ferments de décadence et    
     
  obstacle majeur aux ambitions de cette lignée, l'une des plus illustres d'Europe, toujours animée de l'ambition de jouer    
     
  un rôle majeur, ambition que chaque partage oblige à réduire.    
   
  Le premier Comté de Salm en Vosges  
  (1170- vers1247)  
   
  Henri II, bien que n'ayant pas hérité du berceau de sa famille (Salm en Ardenne) tient à marquer la continuité, pour justifier le maintien du nom, il    
     
  fait construire, en 1190, le château de Salm, éponyme de la terre de Salm en Vosges, sur une terre que l'abbaye de Senones estime lui appartenir.    
     
  Le territoire comprend ce qu'on appelle à l'époque le Saulnois (terre du sel, ce qui donne des noms comme Saulxures et Saales, grande importance    
     
  économique), la vouerie de l'abbaye de Senones celle de l'abbaye de Vic, les seigneuries de Blamont et Pierre Percée, ce qui donne un territoire qui,    
     
  même amputé de sa partie ardennaise, est nettement plus important qu'aux époques ultérieures.    
   
  Le deuxième Comté  
   
  Henri III, fils de Henri II, meurt avant son père. S'ensuit une lutte pour le pouvoir entre Henri IV, fils de Henri III, et Ferry, frère de Henri III et oncle    
     
  d'Henri IV. S'ensuit un nouveau partage : Ferry garde Blamont mais doit rendre Salm à son neveu.    
     
  Notre Comté, comme on vient de le voir, est amputé de Blamont, il conserve cependant Morhange, Viviers, Pierre Percée et Salm    
     
  Le partage de 1598    
     
  L'appétit des abbés de Senones ne se calmant pas, les Comtes de Salm soulèvent la population de la contrée, qui se déclare pour eux.    
     
  Dans cette affaire, nous les trouvons alliés à de bizarres personnages nommés Rhingraves, Comtes sauvages du Rhin ou Comtes sauvages de Salm.    
     
  Il est difficile de s'expliquer comment cette dualité comtale est apparue. L'affaire sent l'usurpation, mais bon : Jean IX l'entérine ; il doit sacrément    
     
  avoir besoin d'un allié contre les abbés de Senones !    
     
  En 1598, la terre fut partagée entre eux deux tout en restant indivise. Frédéric (Comte sauvage de Salm) obtint la moitié de Badonviller chef-lieu du    
     
  comté, la moitié du village de Celles, du château et du village de Pierre-Percée, Pexonne, Vexaincourt et Allarmont, une partie de Luvigny, Albet,    
     
  Grandfontaine et Vacquenoux, la moitié du bourg de La Broque, du château de Salm et ses dépendances : Diespach, Champenay et Plaine, le Puid,    
     
  le Vermont, Saulcy et Le Mont, la moitié du bourg de Senones, le Ménil, Saint-Stail et Grandrupt. Jean IX (Comte de Salm) garde le reste.    
     
  Ce partage a quelque chose de virtuel : il ne permet pas de tracer une ligne frontalière entre les possessions de l'un et celles de l'autre, puisque    
     
  c'est chaque village d'une certaine importance qui est partagé.    
     
  Par ailleurs, c'est à peu près au même moment que Christine de Salm, héritière de Jean IX, s'allie à la puissante maison de Lorraine, si bien que sa    
     
  part est en fait absorbée par la Lorraine. Avec Jean IX, mort sans héritiers mâles, le nom de Salm devrait en théorie s'éteindre, mais il est repris par    
     
  les descendants des Comtes sauvages.  
   
   
   
   
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  modifié le 10/05/2017