LEGENDES et HISTOIRE DE SALM en VOSGES  
 
 
 
  Sommaire  
     
    1      Historiographie légendaire de l'implantation des Salm en Vosges  
    2      Contes et légendes face aux hypothèses historiennes  
    3      Le comté de Salm en Vosges  
    3.1   Fondation du comté vosgien  
    3.2   Les deux branches comtales  
    3.3   L'ascension  
    4      La première principauté de Salm  
    4.1   Princes de Salm  
    4.2   Un changement dynastique  
     
     
 
  1     Historiographie légendaire de l'implantation des Salm en Vosges  
 
  Au début du XIIe siècle, les évêques de Metz Adalbéron IV, Theoger et surtout Étienne de Bar tiennent à leurs possessions épiscopales en  
  Lorraine après leur éviction de la direction de la cité de Metz. Parmi ses possessions des Vosges, la splendide ville de Rambervillers  
  entourée de belles campagnes se signale, ainsi qu'un territoire administré par l'abbaye de Senones au nord de la voie des Saulniers, dont  
  le cœur montagnard formait jadis une partie septentrionale du ban mérovingien de Gondelbert, et qui débordait sur le piémont vosgien à  
  l'ouest. Jadis Angelram, évêque de Metz et archipelain, a reçu de l'Empereur Charlemagne le monastère de Senones et pleine autorité  
  temporelle sur le territoire associé. Avec la croissance démographique et la bonne gestion de l'abbé de Senones, Antoine de Pavie, choisi  
  par l'évêque de Metz en 1090, les biens de l'épiscopat messin fructifient.  
     
  Une historiographie traditionnelle, souvent auréolée de légendaire, rapporte que Dame Agnès de Montbéliard épouse le comte de  
  Langenstein. Il est le descendant des châtelains de Longue Pierre, fidèles chevaliers voués de l'abbaye de Senones, redevables à l'évêché.  
  Mais voilà trop vite Agnès veuve avec trois jeunes enfants. L'évêque de Metz Adalbéron choisit de caser le jeune Hermann II, fils cadet du  
  comte de Salm qui, sans terre en Ardenne, pourrait jouer les troublions des intérêts messins. Faisant d'une pierre deux coups, l'évêque lui  
  donne la responsabilité d'une famille chrétienne en lui faisant épouser la veuve du comte de Langenstein. Pour ne pas dépouiller les enfants  
  du premier lit, Agnès hérite du titre de feu son époux ainsi que le château perché sur un "long éperon" des premiers contreforts gréseux  
  des Vosges.  
     
  Hermann est nommé en 1111 avoué de l'abbaye de Senones : il est chargé de protéger et de faire respecter les droits seigneuriaux,  
  c'est-à-dire le temporel de l'abbaye. Il conserve le titre de comte pour ne pas déchoir vis-à-vis de son épouse ni de ses parents restés  
  en Ardennes belge.  
     
  Le jeune casé est craint par l'abbé Antoine qui s'empresse de placer les biens abbatiaux en 1111 sous la protection de l'Empire. Le comte  
  de Salm ne peut se restreindre à n'être qu'un homme d'armes et un administrateur au service exclusif de son bienfaiteur. Sa fougue  
  guerrière resurgit bientôt et, dévoré par ses passions, il commence à usurper les droits  
  de l'abbaye, s'émancipe définitivement de son protecteur messin et ordonne le pillage
 
         
  des bans voisins. Sa bande guerrière prend parti des causes profitables, il rejoint le          
  camp de Simon Ier, duc de Lorraine (et en passant a eu une aventure adultérine avec          
  l'épouse de celui-çi Adélaïde de Louvain) qui commet forces exactions dans les abbayes        
  vosgiennes de Saint-Dié et Remiremont. Négligeant son protecteur, il s'oppose aussi à        
  l'évêché de Metz. Le révolté s'oppose aussi aux intérêts des proches parents de son        
  épouse imposée.          
             
  Le nouveau évêque de Metz depuis 1120, Étienne de Bar furieux de son beau-frère et saisi             Ruines du château de Salm    
  d'une ardeur belliqueuse, agit : il fait le siège du château de Langenstein pendant un an.            
  Au cours d'une tentative de sortie défensive, Hermann et son fils aîné sont tués en 1123.  
  Les bandits se rendent et la région est pacifiée.  
 
  2     Contes et légendes face aux hypothèses historiennes  
 
  Un grand nombre de variantes légendaires et de vieux contes prolonge ce récit fondateur singulier. Elles rapportent que, dans son  
  immense chagrin à la suite de chaque deuil, Agnès fait creuser un puits insondable, le château et le hameau en contrebas seraient depuis  
  ce temps dénommés château de Pierre-Percée et village de Pierre-Percée. Agnès est décrite en mère prolifique. Même si les historiographes  
  ne rapportent que trois enfants du premier lit et trois autres enfants du second, la tradition des conteurs montagnards affirme qu'elle eut  
  pléthore de filles avec le premier époux et pléthores de mâles avec le second. Épousant l'image de l'agnelage divin et prolifique, elle aurait  
  engendré plus d'enfants que n'en compta la dynastie des Salm. La pierre-percée était vénérée comme pierre de fécondité. Les puits furent  
  transformées en oubliettes.  
     
  Pourtant les historiens les plus scrupuleux, à l'instar de Georges Poull, ne présentent point ces faits : ils mentionnent qu'Étienne de Bar  
  et Agnès sont respectivement le cinquième et le neuvième enfant du couple formé en 1065 par le comte Thierry II et d'Ermentrude de  
  Bourgogne. Thierry II est seigneur d'Altkirch, Ferrette, Montbéliard, Mousson, Bar et Amance. Hermann de Salm apparaît dès 1123 à  
  l'inauguration de la nouvelle abbaye de Senones en compagnie de l'évêque de Metz. Administrateur efficace, il protège aussi l'abbaye de  
  Hugshoffen dans le val de Villé. Les nombreux diplômes où il figure ensuite montrent qu'il sert efficacement son suzerain, l'évêque de  
  Metz et beau-frère, Étienne de Bar en tant que voué de l'abbaye saint Pierre de Senones. Hermann meurt vers 1135 avant son épouse  
  Agnès qui disparaît après 1140. Leur successeur et fils Henri apparaît comte en 1133 et disparaît vers 1153.  
     
  Pour accorder l'historiographie légendaire avec les rares données diplomatiques fiables mais fort imprécises sur la vie des personnages,  
  il faut supposer que l'évêque Étienne de Bar au terme de sa rage, ait joué l'apaisement. Il aurait pu promettre dans une ultime tentative de  
  conciliation l'avouerie et la main de la veuve Agnès à un autre parent d'Hermann, Hermann le vieux qui aurait garanti l'éducation et la  
  protection des enfants d'Agnès et de son jeune cousin. On peut aussi supposer qu'avant l'arrivée d'Hermann et la reprise en main  
  d'Étienne de Bar, des bandits indéterminés avaient pris possession du château de Pierre-Percée. L'installation de la vouerie serait donc à  
  resituer vers 1123.  
     
  Quoi qu'il en soit, écrivains de légendes et conteurs, recyclant de vieilles histoires locales, se sont emparés de l'instauration de cette  
  maison de Salm en Vosges. Quelques historiens, partisans d'une lignée par aînesse, pensent que le modeste comté de Salm en Ardennes  
  n'offrait guère de perspectives à ses seigneurs. Le comte Henri II, né à Salm en Ardenne, aurait choisi de vivre dans les terres vosgiennes  
  de sa famille, abandonnant alors le comté primitif à sa sœur Élise.  
 
  3     Le comté de Salm en Vosges  
 
  3.1     Fondation du comté vosgien  
     
                       
 
 
     
         
         
         
         
         
    Panorama de la vallée de la Bruche, avec le Donon sur la droite, à partir des Ruines du château de Salm.      
                       
 
  Henri III construit ou rénove à partir de 1205 un château sur les terres qu'il administre pour l'abbaye, dans la vallée de la Bruche, au-  
  dessus du village de La Broque, et le nomme château de Salm. Ses terres sont appelées dès lors Salm en Vosges ou Obersalm, par  
  opposition au Salm originel en Ardennes, ou Niedersalm. Ce territoire relève du Saint-Empire romain germanique, appliquant le droit  
  germanique, mais contigu au duché de Lorraine, État souverain de langue romane, qui applique le droit romain quoiqu'également terre  
  d'Empire. Henri III octroie la seigneurie de Blâmont à son fils cadet Ferry, tige des sires puis comtes de Blâmont de la Maison de Salm.  
     
  Henri IV développe en Salm le commerce du sel et le travail du fer qui existe depuis des siècles. Il exploite rationnellement les puissants  
  gisements minéralisés de fer et de cuivre de Framont à Grandfontaine. N'étant pas propriétaire du terrain, des querelles s'élèvent avec  
  le propriétaire du sol, l'abbé de Senones, lequel fait intervenir le puissant évêque de Metz, Jacques de Lorraine. Les mines sont détruites  
  vers 1258, mais réédifiées presque aussitôt, dès 1261.  
     
  Une comtesse de Salm est mentionnée en plusieurs procès au Parlement de Paris en 1269, 1278 et 1284.  
 
  3.2     Les deux branches comtales  
 
  En 1459, Jeannette de Salm, fille du comte Simon III, épouse Jean V (1436-1495), Wild- et Rhingrave à Dhaun et Kyrburg (ou Kirbourg),  
  originaire du Palatinat. À la mort du comte Jacques son frère (1475), Jeannette et son autre frère Jean décidèrent de se partager le pouvoir,  
  tout en maintenant le comté indivis. Deux branches hermanienne et des Rhingraves portent dès lors le titre de comte de Salm.  
     
  Augmentation des possessions  
     
  Un neveu de Jeannette, Nicolas († 1529) devient comte de Salm et Neubourg (Nicolas Ier) après avoir acquis cette dernière seigneurie  
  alors dans l'archiduché d'Autriche. Cette nouvelle branche, malgré son nom, ne possède pas Salm ; elle s'éteint en 1784.  
     
  Déjà seigneur de Morhange et de Puttelange, le Rhingrave Jean VI reçoit en outre par son mariage avec Jeanne de Moers-Sarrewerden  
  (1478) les comtés de Moers et de Sarrewerden, assortis d'une partie des droits sur la baronnie de Fénétrange (Moselle) et de la totalité  
  de Diemeringen (Bas-Rhin). Fénétrange reste administrée pour partie par les ducs de Lorraine, tandis que Diemeringen fut ensuite partagée  
  entre les différentes branches des Rhingraves.  
     
  Pour sa part, le comte de Salm de la branche hermanienne reçoit du duc Antoine une autre partie des droits sur la baronnie de Fénétrange  
  au début du XVIe siècle.  
     
  Religion, terre et politique  
     
  Vers 1540, la famille des Rhingraves se convertit à la Réforme luthérienne. Contrairement à l'usage de l'époque, il ne semble pas qu'ils  
  aient voulu imposer cette nouvelle foi à leurs sujets, les Salm montrent toujours une grande tolérance religieuse pendant tout l'Ancien  
  Régime. Ils restent les avoués de l'abbaye de Senones.  
     
  Aux XVIe siècle et XVIIe siècle, les Rhingraves servent, selon les occasions, le roi de France ou l'Empereur germanique, indifférents à la  
  religion de leurs adversaires (huguenots français, luthériens germaniques) ou alliés (les armées royales, les troupes impériales  
  majoritairement catholiques).  
  Les comtes de la branche hermanienne restent fidèles aux ducs de Lorraine, et en reçoivent puissance, honneurs et récompenses en tant  
  que gouverneurs de Nancy, et maréchaux de Lorraine et du Barrois.  
     
  Vers 1550, les comtes des deux branches cousines prennent la décision de ne plus payer les redevances de location à l'abbaye de Senones,  
  manifestant ainsi leur droit de propriété. Avec l'occupation française des Trois-Évêchés en 1552, l'évêché de Metz abandonne aux Salm ses  
  droits sur les châteaux de Pierre-Percée et Salm, émancipant ainsi les comtes de leur longue vassalité.  
 
  3.3      L'ascension  
 
  En 1571, Jean IX, comte de Salm, protecteur de l'abbaye de Senones, descendant direct de Hermann II, s'associe à son cousin et beau-frère,  
  Frédéric, rhingrave et descendant de Jean V, pour réaliser un véritable coup d'État. Ils se font reconnaître par la population et devant  
  huissiers comme les seuls seigneurs de la région, aux dépens de l'abbaye.  
     
  Le comté de Salm s'agrandit et s'affranchit des suzerainetés, au fil des alliances et des négociations, toujours indivis entre les deux  
  branches des descendants de Hermann et des rhingraves. Trois comtes de la lignée de Hermann sont successivement maréchaux de  
  Lorraine, et gouverneurs de Nancy. La porte de la Citadelle de la capitale ducale portait les écus du duc de Lorraine et du comte de  
  Salm, de plus un bastion avait été baptisé bastion de Salm en son honneur.  
 
  4     La première principauté de Salm  
 
  En 1600, le comte Jean IX, le dernier de la lignée de Hermann II, meurt sans héritier mâle, c'est sa nièce Christine (ou Chrétienne) de Salm  
  qui hérite des droits de la branche de Hermann. Elle avait épousé François de Lorraine, comte de Vaudémont puis duc de Lorraine.  
  Le comté toujours indivis devient alors partiellement possession des ducs de Lorraine, et un partage a lieu. Les villages sont attribués  
  à la Lorraine (François de Vaudémont) ou à Salm (le rhingrave), sans continuité  
  territoriale, un partage de ce territoire rural ne permettant pas de faire deux parts          
  d'égale valeur. Certains gros bourgs par contre, comme Senones, Badonviller,
 
     
  Celles-sur-Plaine, connaissent un double statut : la moitié des foyers dépendent        
  des ducs, et l'autre des comtes (les rhingraves).          
         
  En 1623, le Rhingrave luthérien Philippe Othon, comte de Salm et fils du          
 
Rhingrave Frédéric (ligne de Dhaun, branche de Neuviller ou Neufville),
         
  se convertit au catholicisme, et est créé prince d'Empire par l'Empereur          
  germanique Ferdinand II qui lutte contre la Réforme.          
  Les droits des Rhingraves sur Salm forment alors une première principauté        
  de Salm avec Badonviller pour capitale.          
             
  4.1     Princes de Salm          
         
  Ils sont tous de la ligne de Dhaun, branche de Neuviller.            Pierre commémorative de la Principauté  
                  de Salm à Grandfontaine (Bas-Rhin)  
  1623-1634 : Philippe Othon (1575-1634),            
  1634-1636 : Louis (1618-1636),  
     1636-1663 : Léopold Philippe Charles (1620-1663), admis au banc des princes à la Diète d'Empire en 1654,  
  1663-1710 : Charles Théodore Othon (1645-1710), qui obtint l'immédiateté du "comté princier de Salm" en 1668 ; il hérite par sa femme un  
  neuvième des droits sur l'ancienne Principauté d'Arches,  
  1710-1738 : Louis Othon (1674-1738).  
 
  4.2     Un changement dynastique  
 
  Après Louis Othon, la dignité princière échoit au rameau collatéral "flamand" de Hoogstraten, Nicolas Léopold refonde alors la principauté  
  en principauté de Salm-Salm.  
 
 
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  modifié le 21/02/2017