Oblitérations des Vosges
MEMOIRE SUR LA PRINCIPAUTE DE SALM EN 1784
   
   
   
      par FACHOT l'Aîné  
   
                Bulletin de la Société philomatique vosgienne 1883-1884  
 
  La Principauté de Salm dépend du Cercle du Haut-Rhin. Elle est enclavée entre la Lorraine et l'Alsace; ce qui empêche  
     
  qu'elle n'ait aucune communication directe avec l'Allemagne. Elle a son souverain particulier dans les princes  
     
  Rhingraves de l'ancienne maison de Salm, très connue en Lorraine par ses hautes alliances. C'est un petit pays situé  
     
  dans la partie des montagnes des Vosges qui séparent la Lorraine de la Basse-Alsace. Il peut avoir six lieues de long,  
     
  sur quatre de large; et peut contenir trente bons villages, qui renferment au moins 2.000 familles, ce qui peut former  
     
  en tout 12.000 habitants.  
     
  TOPOGRAPHIE  
     
  La Principauté est divisée en plusieurs cantons, qui tous ont leur nom particulier. Savoir, le val de Senones, les  
     
  villages de la Petite Raon, Moussey, Ménil, Saint Jean du Mont, le Mont, Vieux-Moulin, Chatay, le Puid, le Vertmont,  
     
  Belval, Saint Stail, le Saulcy, le Harcholey, Grandrupt, Sauxures où l'on a exploité une mine d'argent, il y a 10 à 12  
     
  ans, et plusieurs censes considérables qui ont chacune leur nom particulier.  
     
  Le Ban de Plaine contient Plaine, Champenay, Diespach, Poutay, Sauxures. Il y avoit autrefois des forges à  
     
  Champenay, mais elles sont détruites depuis plus de 150 ans. Ce village est divisé en deux parties, dont l'une porte  
     
  encore le nom de Forge.  
     
  Le Ban de Plaine autrefois était joint au Ban de Salm, qui aujourd'hui en est séparé. et contient la Broque, Vipucelle,  
 
  Albet, Fréconrupt, Salm, qui est un ancien château, miné autrefois, chef lieu de la Principauté et depuis 1751 à  
     
  Senones. Il y a encore quelques habitations d'anabaptistes au pied des mazures de ce château, enfin Vaquenoux,  
     
  Grandfontaine, Framont, célèbre par ses forges et les différens ouvrages de fonte que l'on y fabrique, qui sont  
     
  exportés dans la Lorraine et delà passent en Suisse et même en Italie.  
 
  Le Ban de Celles composé de Celles d'Allarmont, Luvigny, Raon sur Plaine, Vexaincourt, etc.  
 
  Le climat y est froid, surtout après les pluies. Pendant l'hiver, la neige y tombe en abondance et quelquefois en si  
     
  grande quantité qu'elle interrompt toute communication entre les habitants des campagnes, et même quelquefois  
     
  les grands chemins, tels que trois belles chaussées, qui traversent ce pays, sont absolument fermées, comme  
     
  il est arrivé en cette année 1784.  
 
  L'air y est très pur et très sain, les hivers y sont fort longs, le printemps tardif mais très agréable. Les montagnes,  
 
  chargées et couvertes de bois, offrent une diversité charmante. On y rencontre les différentes espèces de sapin,  
     
  le hêtre, le bouleau, le chêne, le charme, le chataignier, l'orme et beaucoup de plantes médicinales. enfin toutes  
     
  les plantes que les lieux agrestes produisent ordinairement. Toutes ces montagnes abondent en gibier. Le  
     
  chasseur y rencontre le loup, le renard, le cerf, le sanglier, coqs de bruyères, gelinotes, ramiers, etc.  
 
  Ce pays est arrosé par trois rivières peu considérables, par une infinité de petits ruisseaux, qui fournissent  
 
  plusieurs espèces de poissons, entr'autres, beaucoup d'excellentes truites et des écrevisses en abondance.  
 
  On trouve sur une montagne, au dessus du villagé de Luvigny, un petit lac très poissonneux. On y trouve le  
 
  harlin. On l'appelle lac de la mer c'est un diminutif de ceux de Gérarmer, de Longemer et Retournemer  
     
  SOL et CULTURES  
 
  Malgré la quantité d'endroits escarpés et montagneux, le terrein ne laisse pas d'y être bien cultivé. On y  
 
  recueille quelque peu de blè, du seigle, sarrazin, orge et millet, et surtout beaucoup de pommes de terre, dont  
     
  la consommation est très considérable parmi les habitants. Une chose à remarquer, c'est qu'on ne laisse jamais  
     
  reposer ces terres comme partout ailleurs mais elles rapportent annuellement.  
     
  On y recueille aussi du tabac qui est assez bon. Mais le trop peu d'étendue de cette souveraineté, et surtout les  
 
  gardes actifs qui sont répandus sur la frontière, empêchent que cet objet naturellement lucratif soit d'un grand  
     
  produit. Il ne le sera jamais que par le rafinement, les soins de sa culture et le droit d'exportation, etc,  
 
  Les prairies y sont en grand nombre et d'un grand produit. L'industrie active des habitants a su les fertiliser  
 
  encore par une infinité de petites rigoles dérivées des ruisseaux des alentours. C'est par le moyen de ces  
     
  abondantes prairies que l'on nourrit et engraisse beaucoup de bétail; ce qui, joint au commerce de bois, fait  
     
  seul la richesse et l'abondance de ce pays. L'on trouve des villages tels que la Petite Raon, etc. dont le  
     
  commerce en bétail peut être évalué à 50.000 livres.  
     
  COMMERCE  
 
  Le commerce est encore assez considérable relativement au pays. En bétail, toiles, chanvre, lin, fer de fonte,  
 
  en barres, façonné provenant des forges de Framont, où même depuis quelque temps on a coulé en fonte  
     
  plusieurs pièces de canon pour les Hollandais. On y fond aussi des bombes et généralement on y fabrique  
     
  toutes les espèces de fer façonné, à l'exception seulement du fil d'archal et fer blanc.  
     
  Les coupes de bois y sont considérables, soit en bois de chauffage, qui passe dans le plat pays, par le moyen  
 
  du flottage, soit en planches qu'on y façonne par l'aide des scieries, qui, par leur ingénieuse mécanique, font  
     
  plus d'ouvrage dans une heure, que plusieurs hommes n'y feraient dans un jour. On les attache ensemble par  
     
  des forts liens en forme de radeau, que l'on fait flotter sur ces petites rivières, par le moyen des écluses. De ce  
     
  pays elles descendent la Meurthe, la Moselle, la Meuse, et vont jusqu'à Paris et la Hollande.  
     
  Cette belle invention ne remonle pas à plus de 200 ans. Voyez la Chronique de Philippe de Vigneul, sur la ville  
     
  de Metz. L'abbé Bexon, tome l, p. 185 de son Histoire de Goraine, fait remonter l'époque des voiles ou radeaux  
     
  de planches à l'an 1505, lors de la famine et de la peste qui désolèrent la Lorraine et forcèrent ce pays à chercher,  
     
  dans l'exploitation des forêts des moyens d'existence que ne pouvait procurer l'agriculture en stagnation.  
     
  Quoique ce pays soit un fief de l'Empire, la langue française, ou, pour mieux dire, le patois lorrain y est seul  
 
  en usage ainsi que la plupart des coutumes et usages de cette province.  
 
  Sans être riche, le paysan est à son aise. Les maisons généralement sont assez bien construites. L'air d'aisance   
 
  dans les habits des habitants annonce le peu de tailles et de contributions imposées par le souverain. Le paysan  
     
  y est actif, laborieux, économe et très intéressé; bon, quoique grossier, il me semble fort addonné au vin. Les  
     
  femmes en général ont beaucoup d'embonpoint et sont très fécondes.  
 
  La Principauté est du ressort de l'Evêché de Saint-Dié, à l'exception de la ville de Senones qui est du ressort de  
     
  l'abbé, qui jouit des droits quasi-épiscopaux et est immédiatement soumis au Saint Siège. Les religieux de  
     
  l'abbaye de Senones sont collateurs dans beaucoup d'endroits et décimateurs presque partout, si ce n'est Celles,  
     
  Plaine et Luvigny où le Prince a un tiers.  
 
  Il y a pour la Principauté un baillage résidant à Senones ainsi qu'une gruerie établie dans cette ville. Nous en  
 
  parlerons ci-après.  
 
  Le Donon est une des plus hautes montagnes des Vosges. Elle est située dans le pays dont il est question.  
 
  L'étimologie du mot Donon ou Donnon, qui est Celtique, signifie bien élevé; en effet, M. Grélard, de l'Académie  
 
  des sciences, en mesura la hauteur qui se trouva être de 400 toises au dessus du niveau de la mer. Cette  
     
  observation fut faite en 1744.  
     
  On peut consulter avec fruit, pour la connaissance de cette montagne les différents écrits de M. Le Pois,  la  
     
  géographie de Bugnon, et surtout la savante dissertation de l'abbé Béxon dans le premier volume de son  
     
  Histoire de Lorraine. Quant à l'article Framont dans les notices. de Dom Calmet, il est fort étendu, sans  
     
  d'ailleurs être fort intéressant.  
     
 
       
       
       
       
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                Le temple gaulois au sommet du Donon  
 
  On trouve encore sur la cime la plus élevée de cette montagne, les vestiges d'un ancien temple, qui, je pense,  
 
  a servi autrefois au culte des Gaulois quoique plusieurs pensent que c'est un temple des Romains, cela me  
     
  semble faux, en voici la raison. Tout le monde sait que les Romains avaient la coutume de jeter des médailles  
     
  dans les fondations des monuments qu'ils construisaient, pour en constater l'époque de leur construction,  
     
  au lieu que dans les décombres dont je parle, jamais on n'a trouvé de ces médailles, mais beaucoup d'autels  
     
  votifs et plusieurs figures de Gaulois armés, et d'autres de Druides et Druidesses, comme il est aisé de  
     
  remarquer par les pateres qu'ils ont à la main. On verra aussi plusieurs figures tronquées et mutilées,  
     
  renversées au pied de ce rocher et jettées ça et là. Elles représentent pour la plupart des figures d'Isis et de  
     
  Mercure, qui, comme on sait, étaient les divinités particulières de la vénération de ces anciens peuples. Il y  
     
  avait aussi beaucoup de lampes sépulcrales, etc., mais l'ignorance jointe à l'avarice des directeurs des forges  
     
  de Framont a privé les littérateurs instruits du plaisir qu'ils auraient eu à nous expliquer toutes ces rares  
     
  antiquités; elles servent aujourd'hui de matériaux dans les bâtiments des forges.  
 
  On ne trouve en effet ni dans les recherches de Dom Alliot, ni dans celles de Dom Calmet, de médailles provenant  
     
  du Donon. Mais, vers 1826, le capitaine ingénieur-géographe M. Delcros, étant occupé à mesurer des angles sur  
     
  le sommet du Donon, pour établir la perpendiculaire à la méridienne de Paris, un maçon, qui travaillait à la  
     
  construction de la pyramide qui devait servir de signal, lui remit deux médailles qu'il venait de retirer de la  
     
  fente d'un bloc de grès isolé, et gisant sur le point le plus élevé du grand Donon. Ces médailles, assez frustes,  
     
  étaient en moyen bronze, l'une au type d'Antonin et l'autre à celui de Domitien. Elles étaient conservées, avant  
     
  avant 1870, à la bibliothèque de Strasbourg.  
 
  Au pied du Donon on trouve encore les vestiges d'une muraille très considérable et qui s'étend jusqu'à la  
     
  montagne de Sainte Odile dans le Hombourg, province d'Alsace. Cette muraille interrompue de distance en  
     
  distance par de grosses tours épaisses de six à sept pieds, fut construite par les Gaulois pour se défendre des  
     
  incursions des Germains etc.  
 
  A son premier voyage au Donon en 1692, Dom Alliot, abbé de Moyenmoutier, trouva, près du temple, les restes  
 
  de plusieurs statues. « Il n'en paraissait que trois, écrit-il, avant que nous eussions fouillé à cet endroit, mais nous  
       
  y en avons trouvé plus de trente. et « il s'en manque bien que nous ayons fouillé partout. Les principales furent  
       
  dessinées à la sanguine, collection de 24 feuilles de dessin autrefois aux archives de Saint-Dié, et, par la faute de  
     
  Gravier, aujourd'hui à Epinal. A sa seconde visite au Donon, en 1696, Dom Alliot fit fouiller un autre endroit et y  
     
  trouva vingt et une statues dans un fossé, entre un bloc de grès et le gros rocher. Dom Ruinard et Schœpflin  
       
  découvrirent aussi de nouvelles sculptures, et, en 1821, MM. Jollois et Gravier en trouvèrent encore quelques  
     
  unes d'inédites. C'est donc plus de soixante bas-reliefs conservés au Musée du Donon, les mutilations de chaque  
     
  jour n'en laisseront bientôt plus de traces.  
 
  On trouve une inscription sur la pierre la plus avancée de la grande roche qui est sur la cime du Donon. Elle est  
 
  ainsi conçue Bellicus Surbur. Il est évident que Surbur n'est pas latin et que cette inscription. a été faite par les  
 
Bas-relief bellicus-surbur, Grandfontaine
 
   
   
   
  Le bas relief  sur pierre appelé Surbur
  représentant un sanglier et un ours
   
   
   
   
   
   
   
  Gaulois après la conquête des Gaules par Jule César, ces peuples subjugés ayant déjà alteré leur langue par le  
     
  mélange de celle des Romains. Car Sur est un mot allemand qui veut dire féroce, aigue, etc., et Bur, ou Bar  
     
  comme disent les Allemands, veut dire ours, ce qui signifie que le passage était fréquenté par les bêtes féroces.  
     
  Plusieurs pensent que cette inscription vient d'une chasse au sanglier dans laquelle un seigneur de la maison  
     
  de Sibur (autrefois considérable en Alsace, aujourd'hui éteinte), aura forcé un des plus redoutables de ces  
     
  animaux et qu'il aura voulu en conserver le souvenir par cette inscription. C'est aussi la tradition populaire des  
     
  des habitants des environs.  
 
  La muraille qui entourait encore en 1692 les trois quarts du plateau du Donon n'a aucun rapport avec celle de  
     
  Sainte Odile. Quant aux cinq tours carrées que Dom Alliot indique en effet dans sa relation et sur son plan, nous  
     
  avons remarqué sur leur emplacement de grandes masses de grès si régulières qu'on les croirait taillées et  
     
  figurant assez bien, de loin, des soubassements de tours carrées; mais, à moins que Dom Alliot y ait trouvé des  
     
  restes de constructions, rien n'autorise à y voir des ouvrages de défense.  
 
  J'ai pareillement découvert une autre inscription plus récente, sur l'ancien chemin qui conduit à travers la  
 
  montagne de Senones à Celles. Elle est gravée sur un rocher qui borde le chemin. Nous eûmes toutes les peines  
     
  pour la lire. L'abbé Destournelles qui m'accompagnait ayant ôté toutes les mouses et cherché à nettoyer les lettres,  
     
  voici ce que nous trouvâmes, dont le sens n'est pas clair, n'ayant pu découvrir toutes les lettres  
     
                                CE CHEMIN GROVDE EVT COVVER. LORSQVON COMTOIT. CEDR.R  
         
                                EN MIL CINQ CENT. ET. TEVI R RIEN NEST QVE PEINE NE DVISE A ET.  
 
  Les Bulletins de la Société philomatique de 1876 et 1877 contiennent déjà deux études sur le Bellicus Surbur. Sans  
 
  chercher plus que dans la dernière, une solution plus ou moins ingénieuse du mystérieux rebus vosgien, nous  
     
  consignerons ici quelques rapprochements nouveaux. Sur un vase gallo-romain en argent, en forme de cornet,  
     
  trouvé à Hildesheim (Hanovre), on remarque, dans la frise supérieure, la scène exacte représentée sur le bas-relief  
     
  du Donon. A gauche, le lion s'avance pour l'attaque, dressé de toute sa hauteur et sa queue fouettant l'air. A droite,  
     
  le taureau baisse les cornes dans l'attitude de la défensive. Mais ici le taureau a la tète et les flancs ornés de  
     
  bandelettes.  
 
  Il faut aussi rapprocher de notre bas-relief une pierre découverte à Sens, il y a quelques années, et qui représente  
     
  un forgeron avec deux animaux à ses pieds, opposés l'un à l'autre, très effacés, mais où l'on a cru reconnaître des  
     
  chiens.  Au bas de ce bas-relief, se trouve cette inscription MEMOR BELLICI BELLATOR semblerait en faire aussi  
     
  un nom d'homme. Aucune racine grecque ni latine ne convenant à ce mot (car lire susrobur comme on l'avait si  
     
  hardiment proposé, parait aussi inadmissible que le sus ferus de Schoepflin), il faudrait donc se rallier à  
     
  l'étymologie celtique. On y trouve :  
     
           l'armoricain Soroch, grognement de porc le cornique Sor, grognement le kimmrique Sur, maussade,  
       
              intraitable;  
       
          le cornique bora, sanglier; l'anglais boar, cochon.  
     
  Mais toutes ces racines nous ramènent à voir un sanglier, dans ce que le bas-relief nous montre clairement  
 
  être ou plutôt avoir été un taureau.  
     
  On pourrait lire sans doute :  
     
                           CE CHEMIN DE ROUTE FUT OUVERT LORSQU'ON COMPTAIT CE DUR HIVER  
     
                           EN MIL CINQ CENT ET TRENTE SEPT RIEN N'EST QUE PEINE NE DIVISE A EFFET  
 
 
  Les dérivés de bellicus sont du reste nombreux en épigraphie. Nous citerons seulement, d'après le Glossaire  
     
  Gaulois de M. Roget de Belloquet (1872), l'inscription de Worms, citée par Duchalais; celle de Dijon, BELLICIA  
     
  BELLICI SOROR; celle de Vienne, où il figure comme le nom d'une famille consulaire originaire de cette ville le  
     
  nom de BELLICIVS inscrit dans les Fastes des années 876 et 895 de Rome; celui de BELLICVS N ATALIS, subrogé  
     
  en 820, etc. Belliccus serait donc un nom propre. Quant à SVRBVR, l'opinion de Dom Calmet, la tradition que  
     
  rapporte Fachot l'aîné et surtout l'inscription de Zurich SVRBVRO (Mommsen, Inscript. Helvet. 1854)  
 
 
 
  Senones, petite ville dans les Vosges, aujourd'hui chef lieu de la Principauté de Salm. Elle est dans une situation  
 
  fort agréable, sur le torrent ou ruisseau appellé Rabodeau. La position de cette ville vraiment pittoresque est aussi  
     
  intéressante pour l'être raisonnable qui aime à penser. Tous les environs y invitent même malgré soi. Ici c'est une  
     
  suite de hautes montagnes presque coupées à pic, et qui, par le ravage des temps découvrent des rochers énormes  
     
  à moitié rongés. Plus bas ce sont une infinité de ces mêmes roches roulées et détachées des rochers supérieurs.  
     
  Toute cette partie n'offre enfin qu'un coup d'œil agreste et pour ainsi dire révoltant, en comparaison des campagnes  
     
  fertiles qu'on découvre de l'autre côté. Le haut des montagnes est couvert de noirs sapins aussi antiques que le  
     
  monde et que la hache encore a su respecter. La chute des eaux qui tombent par cascades, jointe au doux  
     
  murmure des eaux tranquilles des sources abondantes qui sont répandues de tout côté çà et là, ne contribuent  
     
  pas peu, je crois, à nourrir en nous les idées du sublime que ce tableau intéressant doit laisser à l'homme  
     
  sensible, qui seul est en état de bien sentir cette impression.  
     
  De l'autre côté de cette ville sont de riches coteaux, qui annoncent d'une manière bien sensible, combien la nature,  
     
  notre bonne mère, aide et seconde le travail de ses laborieux enfants. Plus loin, dans des terrains remplis d'une  
     
  foule de pierres roulées, le cultivateur actif a, pour ainsi dire, forcé cette même nature à ne pas lui refuser le salaire  
     
  de son travail et même de ses sueurs. C'est ainsi qu'elle semble s'épuiser à combler de bienfaits les mains  
     
  laborieuses qui lui ont déchiré les entrailles.  
 
  Entre cette chaine de montagnes et ces coteaux, est une belle plaine, arrosée par le Rabodeau, qui, par le roulement  
 
  de ses eaux sur les cailloux et par sa chute précipitée nous montre d'une manière hien sensible l'image véritable du  
     
  cours de notre vie.  
 
  Cette ville n'a rien de remarquable par elle-méme. Il y a une très célèbre abbaye de l'ordre de saint Benoit, fondée  
     
  dans le sixième siècle. Les bàtiments sont fort étendus, sans d'ailleurs être beaux, les jardins sont spatieux, terminés  
     
  par une grande et belle galerie qui est terminée elle-même par une magnifique charmille.  
 
  Il y a aussi une bibliothèque considérable, surtout pour ce qui concerne l'histoire civile et ecclésiastique. Beaucoup  
     
  d'anciens manuscrits d'auteurs Lorrains, entre autres de Richérius, religieux de cette maison, qui écrivait l'histoire  
     
  du royaume d'Austrasie au 5e siècle. L'on dit beaucoup de ces manuscrits transportés de plusieurs abbayes,  
     
  entre autres de celle du Saint Mont, près Remiremont. Une grande partie des chartres et diplomes des principaux  
     
  établissemens des anciens Empereurs et Ducs de Lorraine; plusieurs belles éditions du Louvre, des Elzévirs, des  
     
  Plantin, des Robert, des Etienne; beaucoup d'anciennes éditions, latines, grecques, caldéennes, arabes, hébraïques,  
     
  etc..  
     
  Il y a quelque chose de bien plus remarquable, et à quoi on devrait également faire plus d'attention. C'est une suite de  
 
  de monuments qui constatent l'histoire du pays.  
 
  Nous possédons encore à la bibliothèque de Saint-Dié le catalogue manuscrit des 12.000 volumes de cette  
     
  magnifique collection d'ouvrages rares.  
 
  Le catalogue de cette collection d'histoire naturelle existe encore dans un manuscrit in-folio, de 64 pages, de notre  
     
  bibliothèque. On y trouve, classés, sous le titre de Naturalia, quantité d'échantillons peu en harmonie avec les  
     
  exigences de la science moderne, mais encore recherchés à cette époque; nous citerons entre autres une petite  
     
  boite où il y a des os de coeur de cerf; du sang humain séché; un très beau blanc fœtus ou embryon de trois mois,  
     
  dans une liqueur; un morceau de certaine racine enchassé dans de l'argent pour pendre au col, contre la paralysie;  
     
  la peau du pied d'un homme passé au blanc; quatre hystérolithes; deux mandragores, l'une faite comme un homme  
     
  et l'autre comme une femme; un bézoard de cheval (c'est une pierre qui se trouve dans cet animal, nommée  
     
  Hippolitus), une pierre magique dont se servent ceux qui cherchent des trésors sous terre; les cornes d'un  
     
  capricorne, un stockfisch avec la tête; usrzea cranii liumani, c'est de la mousse qui croit sur la tête des morts; deux  
     
  dents d'un géant. etc., etc. Tout cela remplissait, en effet, sans aucun classement possible, les nombreux tiroirs de  
     
  plusieurs salles, mêlé à une foule d'objets de toutes sortes catalogués aussi sous le titre d'Arti ficialia, parmi lesquels  
     
  nous remarquons quatre noyaux de cerise proprement travaillés à jour; des petites corbeilles; des sabots faits  
     
  d'autres fruits à noyaux; une paire de gants dans une coquille de noix; une chemise de toile tissue d'une seule pièce;  
     
  un buste composé de plusieurs coquilles; de petites figures de bois représentant les ouvrages des mineurs dans  
     
  une bouteille; une souris qui court quand on le veut, par le moyen de ressorts cachés; une grande bague de corne  
     
  d'élan, contre la crampe; modèle d'une charrue pour labourer sans cheval; quatre images d'une femme de cire  
     
  représentant ses différents âges; deux cadenas de jalousie, ceintures de chasteté; un beau petit couteau qui se ferme;  
     
  un mouchoir de toile cousu par une femme avec les pieds, et le portrait de cette femme peint de même par un  
     
  homme avec les pieds des bouts de corde qu'un homme d'une force extraordinaire a cassés, avec les clous qu'il a  
     
  tordus et pliés; deux feuilles de papier écrites par Mathias Buchingel, né sans mains et sans pieds, etc., etc.  
 
  Nous possédons encore le catalogue complet de ces antiquités. Le médailler comprenait 4,611 pièces, parmi  
 
  lesquelles une suite très complète des ducs et duchesses de Lorraine. Dom Calmet avait enrichi les collections de  
     
  son monastère par les achats qu'il fit auprès de M. de Corberon, premier président du conseil souverain d'Alsace,  
     
  et de Voile, bailli de Ribeauvillé, ainsi que par les dons du comte d'Ourches et de M. de Moulon, avocat à Nancy.  
     
  Un cabinet d'histoire naturelle de quelques morceaux du pays, de Franche-Comté et Suisse. Quelques pétrifications,  
     
  agathes, madrepores, silex, cailloux, et quant à la conchiologie, je n'ai rien vu de remarquable. D'ailleurs le tout est  
     
  sans choix, sans ordre, sans arrangement. Je fus on ne peut pas plus étonné d'une telle négligence, la première fois  
     
  que j'y fus conduit, cela ne fait pas honneur à cette maison. M. Buchoz, aurait bien pu passer l'article de ce cabinet  
     
  qui n'est rien moins que rare en plusieurs vases antiques, plusieurs Dieux Pénates et armes trouvées à Léomont,  
     
  près Lunéville, et à Framont; plusieurs sceaux et monnaies des Trois Évêchés, etc.  
 
  Un médailler composé de quelques médailles consulaires et impériales et quelques monnayes étrangères, mais la  
 
  plupart incompletes.  
 
  Une partie de cette collection est dûe au soin du Révérend Père Dom Calmet, abbé de Senones, très connu parmi  
 
  les vrais littérateurs par ses savants commentaires sur les écritures et les Saints Pères, ainsi que par ses savantes  
     
  et nombreuses dissertations sur l'histoire du pays, qui, malgré une foule de compilations, ne laisseront pas d'être  
     
  toujours le suc nourricier de tous les auteurs, qui aujourd'hui voudront nous donner l'histoire de Lorraine qui est  
     
  encore à refaire.  
     
  Voir la page 10 intitulée : "Dom Calmet, abbé de senones, sa vie, son œuvre"  
 
  Nous lui devons encore de très savants écrits sur les monnaies et les anciens chemins du pays; les notices de la  
 
  Lorraine; sur le culte des anciens Druides et le littérateur instruit lui pardonnera toujours son traité des vampires,  
     
  Dissertation sur les apparitions des anges, des démons et des esprits, et sur les revenans et vampires de Hongrie,  
     
  de Bohème, de Moravie et de Silésie.  
 
  Ce qu'on appelle aujourd'hui le Chateau n'est qu'une partie du projet qu'avait le dernier Prince régnant. Il consiste  
 
  dans deux avant-cours avec une aile seulement. Le projet était grand et digne du Prince qui l'avait conçu, s'il avait  
     
  été exécuté.  
 
  Il y a dans ce chateau un riche cabinet de tableaux, Italiens, Flamands, Hollandais, Allemands et Français. Les plus  
 
  remarquables selon moi, sont un St Sébastien du Guerchin, la Vénus à la coquille du Titien, plusieurs soldats et un  
     
  grand paysage de Salvator Rosa, deux tentations de Saint Antoine, par le Ricci, le ravissement de Saint Paul du  
     
  Dominiquain, plusieurs tableaux de Rembrand, Gérard Dove, Teniers, Gaspard Nescher, de beaux portraits de  
     
  Vandick, François Halza, de belles pastorales, paysages, autres sujets de Corneille Polembourg, Paul Brille,  
     
  Ruisdall, Wermans, Bergin, d'autres tableaux de Jouvenet, des Coypel, Le Moine, les frères Lenain et Laurent de la  
     
  Hire. Un très beau dessein de Gérard Andran d'après le Brun. Une suite très nombreuse de belles estampes d'après  
     
  les maîtres des différentes écoles.  
     
  Le monastère de Senones contenait aussi un Musée de près de 500 tableaux, et, quoique le catalogue qu'en possède  
     
  notre bibliothèque n'en donne que les titres sans indiquer de quels peintres ils sont, nous croyons les reconnaitre  
     
  en partie dans l'énumération précédente. On pourrait donc supposer que Dom Fangé avait cédé au prince de Salm  
     
  sa collection de peintures, dont beaucoup, d'après le catalogue, n'étaient vraiment pas très austères.  
     
  La plus grande partie de l'ancienne collection de Salm se trouve aujourd'hui au Musée d'Epinal, depuis le 4 germinal  
     
  an VII, et formerait, au nombre de 58 tableaux, un ensemble précieux et remarquable, s'ils n'étaient dans un état de  
     
  détérioration des plus regrettables, soit par négligence ou absence de toute restauration sérieuse, soit à la suite de  
     
  vernissages barbares. Dans sa toute récente étude sur ce Musée, M. le docteur Bailly appelle sur ces dégradations,  
     
  qui menacent de devenir irréparables, l'attention du Conseil général. Le magnifique Rembrandt, la perle du Musée,  
     
  se détache par plaques et bien d'autres menacent de tomber en poussière.  
     
     
 
 
 
 
 
 
 
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
            La vengance de Latone par Jouvenet    La Sainte Famille par J. Van Eyck       La Vierge Marie par Rembrandt  
                 
  L'inventaire de 1883, non exhaustif, des peintures de cette collection est le suivant :  
     
  En premier lieu, un tableau représentant La Vierge,
     
  l'enfant Jésus et Saint Jean-Baptiste attribué d'abord
     
  à Vouet puis à Giorgione, Penthésilée par Bennevaux,
 
  deux Têtes de femme par Boucher, deux Paysages de
     
  N. Boudewins, l'Été et l'Hiver de Breughel le vieux, une
     
  Embuscade par Breughel de Veloure, trois Paysages
     
  de Paul Bril, l'Adoration des Bergers par Philippe de
     
  Champaigne, l'Enlèvement d'Europe par J. Leclerc, 
     
  un Combat de Courtois le Bourguignon, Diane par
     
  Antoine Coypel, une Nature morte de Desportes, un
     
  Simon et Ephigene de Dullaert, une Sainte Famille de           L'enlevement d'Europe par Jupiter de Sébastien Leclerc  
     
  Jean Van Eyck, un Paysage de Jean Van Goyen, le Jeune Garçon riant et pleurant à la fois, de Franz Hals, le  
     
  Mercure de Laurent de la Hire, Calvin et Luther attribués à Holbein, Latone par Jouvenet, Jésus guérissant  
     
  les malades, du même, une Sainte Famille de Labruzzi, un Déluge de Lemoyne, un Marché par Lingelbach,  
     
  des Enfants par Marceney, un Paysage de Moucheron, deux Perspectives de Panini, un Combat de Parrocel,  
     
  Vénus et Neptune de Perrier, une Tête de vieillard par Jules Romain, un Portrait et un Porte Portement de  
     
  croix de Rembrandt, une Vierge du Guide, une Cléopatre de son école, un Saint Jérôme de Ribera, deux  
     
  Tentations de Ricci, un Saint Sébastien de Rocca, un Troupeau de Roos, un Paysage de Salvator Rosa, une  
     
  Suzanne de Rothenhammer, un Paysage de Ruysdael, une copie de l'Ecole d'Athènes de Raphaël, une Vierge  
     
  de Jacques Stella, une Vénus du Titien, un Christ de Simon Vouet, un Paysage de Van Vries, une Bataille d'un  
     
  peintre inconnu.  
 
Abbaye de Senones travaux
 
 
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
         La bibliothèque de l'Abbaye de Senones qui contiendra plus de 15 000 livres et qui est actuellement en réfection  
                     
                 
  Voir la page 3 intitulée : "Les demeures et batiments princiers en pays de Salm en Vosges"  
 
  La bibliothèque est aussi très intéressante, autant par la rareté des éditions que par leur richesse. Qui fait  
 
  beaucoup d'honneur aux connaissances du Prince qui a su rassembler toutes les raretés sans être la dupe  
     
  d'une infinité de prétendus connaisseurs intéressés à le tromper. Quelques bustes antiques, entre autres  
     
  celui de Faustine et quelques beaux bas reliefs apportés d'Italie.  
 
  Tous ces tableaux précieux, médailles, livres rares, etc., étonnent d'autant plus le voyageur instruit qui n'a pas  
 
  lieu de soupçonner toutes ces choses dans un endroit aussi isolé et ignoré qu'est la ville dont il est question.  
     
  Il y a aussi plusieurs beaux tableaux à voir dans le cabinet du Prince Charles, oncle du régnant. Une bibliothèque  
     
  peu nombreuse mais bien choisie. La chapelle offre une vierge que l'on dit être de Raphaël, le martyre de Saint  
     
  Laurent et de Saint Etienne, de Jean Miel, ils sont de très beaux tableaux.  
     
  Les jardins de l'hôtel du Prince Charles sont très beaux. On a su tirer parti du terrain inégal et montagneux avec  
 
  tout l'avantage possible. La serre des plantes exotiques est très abondante et fort curieuse relativement au pays.  
 
  Quant aux moeurs des habitants, elles sont comme partout ailleurs, bonnes et mauvaises. J'observerai seulement  
 
  que le peuple y est plus grossier et plus malhonnête que partout les pays que j'ai parcourus, ce qui doit être  
 
  naturellement, vu le peu de commerce qu'ils ont au dehors et que leur propre genre leur refuse.  
     
  La nourriture des habitants en général est assez grossière. Le pays n'étant pas riche, on y vit avec beaucoup  
 
  d'économie. Mais je crois que rien n'égale la misère des indigènes de cette ville. Point ou presque point de  
     
  ressource dans la générosité des personnes à l'aise qui sont en petit nombre; point de commerce, point de travaux,  
     
  point d'industrie, ils vivent dans la plus misérable pauvreté, de mauvais pain, pommes de terre et autres légumes .  
     
  Cette ville tire son vin de Lorraine et d'Alsace, et le blé des marchés de Raon l'Etape, où il est toujours fort cher,  
     
  vue l'abondance des plaines de Lorraine et d'Alsace. La plus grande partie des possessions aux environs de cette  
     
  ville appartiennent au Prince ou à l'abbaye. Le reste aux particuliers aisés qui sont en petit nombre. La partie la  
     
  plus nombreuse est pauvre et indigente.  
     
  Dans la classe mitoyenne et dans la classe supérieure, on trouve cependant des mœurs plus épurées, plus  
 
  d'urbanité, plus de politesse, accompagnée cependant de beaucoup de politique et de vanité, et du défaut d'avance  
     
  qui nécessairement doit être la suite. Au reste, pas de règles sans exception, comme dit le proverbe. Il est très vrai  
     
  que l'on trouve des personnes d'un vrai mérite dans ce pays, et même des maisons dans lesquelles l'honnête  
     
  homme est à son aise, mais le nombre en est petit. Je pourrais cependant citer Mrs B., P., D., etc.  
     
  Il y a dans cette ville beaucoup d'ouvriers en bâtiments, comme maçons, charpantiers, arracheurs de pierre,  
 
  manœuvres, etc., dont la population augmente tous les jours par les fréquents mariages. Je crois que l'on peut  
     
  compter 2400 habitants dans cette ville, qui n'est pas si grosse que bien des villages.  
 
  La paroisse est à un grand quart d'heure de la ville. Elle est sous l'invocation de Saint Maurice. La cure est  
 
  desservie par un Religieux Bénédictin, résidant à l'abbaye. Il y a aussi quelques chapelles fondées dans les  
     
  campagnes à l'entour, Saint Siméon, Notre-Dame de pitié, etc.  
     
  Il y a dans la cour de l'abbaye une figure de pierre qui représente un Pape, que je juge être Léon neuf, de la maison  
 
  de Dagsbourg. Le costume de cette figure est très intéressant. Il a la téte couverte d'une espèce de bonnet tout  
     
  différent de la tiare.  
 
  Il y a dans cette ville un baillage et une gruerie, conseil du Prince, dont les appels se portent directement à la  
 
  Chambre de Vetzlar en Empire. Le Prince, quoique souverain, étant vassal de l'Empereur.  
 
  Le baillage est composé d'un Bailly, deux Conseillers assesseurs, un Procureur de Son Altesse, un Greffier, quatre  
 
  ou six avocats. Les appels de ce baillage se portent par devant le conseil privé de S. A. S., composé d'un Président,  
     
  deux Conseillers intimes, un Procureur général de la Principauté, etc.  
 
  La gruerie des domaines, que nous connaissons en France sous le nom de Maîtrise des eaux et forêts, est composée  
 
  d'un Lieutenant, un Assesseur, un Garde marteau, un Greffier, un Inspecteur, six gardes forestiers. Une partie de ces  
     
  offices est gérée par les Officiers du Baillage.  
 
  Des écoles publiques où on apprend à écrire et dirigées par un maître d'écoles et par des soeurs des écoles  
 
  chrétiennes. Un hôpital de six lits seulement. On parle aussi d'y établir un collège dirigé par les Bénédictins.  
     
  Cet établissement serait utile, mais beaucoup moins que l'augmentation des lits dans l'hôpital qui devient  
     
  plus nécessiteux de jour en jour.  
     
  La garde du Prince est composée de cinquante hommes avec trois officiers, leur uniforme est dans le goût allemand.  
 
  J'ai resté plusieurs mois dans cette petite ville, partageant mon temps entre la culture des lettres, l'exercice de mon  
 
  état, et les chagrins qu'un coeur sensible n'a que trop souvent, surtout quand l'envie et la sotte malignité se  
     
  réunissent pour aggraver ses peines, comme il est arrivé à mon égard.  
 
  J'ai eu l'honneur de faire plusieurs belles connaissances en cette ville, dont j'ai beaucoup à me louer, tels sont  
     
  Messeigneurs les Princes François de Salm. Emmanuel de Salm, colonel du régiment de même nom, le Prince  
     
  Charles, oncle du régnant, Madame la Princesse , M. Doison, médecin, homme instruit, mort en 1780,  Gœury, sa  
     
  famille, M. l'abbé Béhier, précepteur et gouverneur du jeune Prince Charles, le Révérend Père Dom Jérôme, M. l'abbé  
     
  Dom Fanget, neveu de Dom Calmet, mort en 1784, etc.      
     
  Il faut rendre justice à Messeigneurs les Princes de Salm Salm. A une grande naissance que personne n'ignore ils  
     
  savet joindre cet air d'aisance, cet air affable, cet air honnête, qui met tout le monde à son aise, sans cependant lui  
     
  faire perdre ce sentiment respectueux qui semble, en quelque façon, fait exprès pour les Princes de cette maison.  
     
  Quant à l'antiquité de l'abbaye et la connaissance de la généalogie des Princes de Salm, on peut consulter avec  
     
  succès l'histoire de la maison de Salm, subdivisée en plusieurs branches, les différens ouvrages du savant Dom  
     
  Calmet, tel que la Bibliothèque de Lorraine et l'Histoire de Lorraine.  
     
  La collection de gravures du monastère contenait 33,110 pièces, reliées en 310 volumes in-folio et représentant,  
 
  d'après l'estimation de l'époque, une valeur de 1969 livres. On y remarquait 856 Callot. Nous pensons que c'est aussi  
     
  tout ou partie de cette collection que le prince de Salm avait acquis.  
 
  Les bâtiments de l'abbaye de Senones et le château des Salm-Salm ont reçu, par suite des évènements, une  
 
  destination commune les uns et les autres sont occupés actuellement par l'importante société des Manufactures  
     
  Saint-Maurice, plus connue dans le pays sous le nom de Société Vincent et Cie. Le château plus récent du prince  
     
  de Salm-Salm est devenu une des filatures de la Société, et son aspect extérieur n'a changé que par l'enlèvement du  
     
  grand perron qui régnait sur toute la façade. L'ancien château qui termine la place, bàti quand les princes prirent  
     
  le parti de résider à Senones en 1751, a la même physionomie extérieure qu'avant l'évolution, de même que les  
     
  bâtiments de service et les casernes, placés de chaque côté et dont une partie est occupée actuellement par la  
     
  tonnellerie de M. Kah, brasseur.  
 
       
       
      Louis Charles Othon  
      Second Prince souverain  
      de Salm Salm  
       
       
       
       
       
       
 
  Les hôtels des princes François et Charles, frères du prince régnant Louis-Charles Othon, existent encore avec leurs  
 
  jardins, ils sont la propriété de MM. Maréchal, ancien pharmacien, et Kah. Il en est de même de la maison de  
     
  l'intendant du prince, M. Noël, qui appartient aujourd'hui à M. Maurice Perrin ces immeubles se trouvent vis-à-vis l'un  
     
  de l'autre, près de l'hôtel de ville.  
 
  Le bâtiment où siégeai le grand bailliage de la principauté, existe aussi encore c'est l'hôtel de ville actuel de Senones,  
     
  embelli et rehaussé récemment d'un étage. Les grilles qui ferment la chapelle de Dom Calmet à Senones, proviennent  
     
  de fragments de la rampe de l'escalier d'honneur du château du prince de Salm à Senones. Quand à l'ancien château  
     
  de Salm-Salm, sur le territoire de La Broque il n'en reste plus que quelques vestiges et de celui de Pierre-Percée, l'on  
     
  ne voit plus que quelques pierres et un puits. Au Musée lorrain, à Nancy, on peut voir les portraits de plusieurs  
     
  princes et princesses de la famille de Salm, donnés pour la plupart en 1874, par M. F. Seillière, qui les avait acquis de  
     
  la famille Thouvenin à Senones. Ce sont les portraits du prince Nicolas-Léopold de Salm-Salm, dit le Prince père, en  
     
  costume de général Autrichien, premier prince ayant régné à Senones après le partage de 1751; du prince Louis-  
     
  Charles-Othon de Salm-Salm, second prince régnant; du prince régent Nicolas-Florentin de Salm, évêque de Tournay,  
     
  frère du prince Louis-Charles-Othon, tuteur du 3° et dernier prince, Constantin de Salm-Salm de deux princesses de  
     
  la famille de Salm.          
 
  Sans rien envier à Nancy, il est à regretter que Saint-Dié n'ait pas eu à ce moment la Société philomatique et son  
 
  Musée, car je ne doute pas que le généreux donateur, notre collègue, n'ait donné la préférence à notre Société, qui  
 
  se trouve, pour ainsi dire, sur les lieux mêmes où ont vécu et sont morts plusieurs princes de la famille de Salm  
     
  dont le Musée lorrain a le bonheur de posséder aujourd'hui les portraits.  
     
  Notre collègue, M. Ed. Héring, ancien pharmacien à Barr, nous dit qu'il existe une Histoire des Comtes et Princes  
     
  de Salm publiée par M. Schneider, pasteur à Kirn, petite ville de la principauté de Birckenfeld, et éditée à Kreuznach  
     
  en 1854.  
     
     
 
 
      CHATEAUX ANCIENS DE LA PRINCIPAUTÉ ET DES ENVIRONS  
 
     
  CHATEAU DE PIERRE-PERCÉE OU LANGSTEIN
Origine: Préfecture de Meurthe et Moselle
     
     
 
 
 
   
   
   
   
   
   
   
   
                      Château de Salm - Pierre Percée  
       
    Voir page 51 intitulée : "Château de Pierre Percée"  
         
     
     
  Ce château autrefois considérable, est aujourd'hui presque
     
  entièrrement ruiné, à peu de distance du village de Celles,
   
  situé sur une petite montagne, au pied de laquelle est un petit
     
  village ou hameau qui porte le nom de Pierre-Percée.  
   
  Ce château fut bâti anciennement par les Comtes sauvages de
     
  Salm, dont quelques-uns même ont pris le nom de Seigneurs de
   
  Pierre-Percée. Agnès de Salm, fondatrice de l'abbaye de Haute-Seille en 1140, ne prend que le nom de Agnès,  
     
  Dame de Langstein.  
     
  Ce nom lui vient de sa situation sur une suite de roches fort élevées, et à travers lesquelles on a percé ou taillé à  
 
  coup de marteaux une très large citerne et plus bas un puit d'une grandeur et d'une profondeur considérable,  
     
  également taillé dans le rocher.  
 
  Il ne reste plus de cette antique forteresse qu'une seule tour carrée et dont les murailles ont 6 à 7 pieds d'épaisseur.  
     
  Les pierres du dehors sont taillées en pointes de diamants. On voit encore quelques pans de murailles, qui suivent  
 
  la direction du rocher, sur lequel elles sont construites. Le reste n'est plus qu'un amas de décombres et de masures.  
     
  Ce château devait être très considérable, autant par son étendüe que par sa situation. Nous lisons même qu'en 1129,  
     
  Etienne de Bar, évêque de Metz, assiégea ce château et le prit après plus d'un an de siège. Il fut obligé de bâtir trois  
     
  forts pour le réduire. Depuis ce temps il fut cédé aux évêques de Metz.  
 
  En 1158, Jacques de Lorraine, évêque de Metz, acquit ce château et la chàtellenie qui en dépendait, de Henry, comte  
     
  de Salm, qui lui en fit hommage.  
 
  Pareille reprise en 1460, par Jean, comte de Salm, envers George de Bade, évêque de Metz.  
     
  Les mêmes seigneurs de Salm et de Pierre-Percée firent de semblables reprises envers les évêques de Metz en 1474,  
     
  1488, 1495, 1499. Cet hommage ne me parait fondé que sur l'achat de ce château par Jacques de Lorraine,  
     
  évêque de Metz.  
 
  Ce château est vraiment intéressant par sa situation pittoresque. La roche sur laquelle il est bâti est formée d'une  
     
  espèce de poudingue qui est un assemblage de grands et de très petits cailloux, liés ensemble par un gluten  
     
  pierreux.  
 
  Cette roche est absolument rongée et minée par le bas et présente des excavations effrayantes, hérissée aussi de  
     
  tous côtés d'une infinité d'arbres et d'arbrisseaux sauvages. Jamais enfin je n'ai rien vu qui ressemble davantage  
     
  aux belles ruines des environs de Rome, dessinées par Corneille Polembourg.  
 
 
  CHATEAU DE SALM   Château de Salm
 
 
     
 
 
 
         
             
     
     
     
     
     
     
         Château de Salm - La Broque  
     
        Voir la page 59 intitulée : "Château de la Broque"  
     
     
 
 
     
  Le château de Salm est un château situé sur une très haute    
         
  montagne, entre le village de Plaine et celui de Framont.    
         
  Le château existait déjà en 1190, et fut bâti par le Comte Henry    
         
  de Salm, qui lui donna son nom à cause de l'ancienne maison    
         
  de Salm, établie dans les Ardennes, d'où le Comte et ses    
         
  prédécesseurs étaient sortis.      
     
  La Martinière, dans son Dictionnaire géographique, parle de ce château et de la ville de Salm, située, selon lui, dans  
     
  la plaine, au dessous de cette montagne. Plusieurs autres montagnes font également partie de la chatellenie de cette  
     
  forteresse mais nous n'avons aucune preuve en Lorraine de l'existence de cette ville prétendue, quoique nous la  
     
  trouvions marquée dans plusieurs cartes de quelques géographes mal informés.  
 
  Ce château fut autrefois habité par les Comtes sauvages de Salm. On prétend même qu'il est, avec celui de Langstein,  
     
  l'un des plus anciens châteaux bâtis par ces Seigneurs. Il n'offre aujourd'hui que des ruines encore à moitié détruites,  
     
  autant par le ravage des temps que par les malheurs des guerres. On voit en avant de ce château une espèce de  
     
  plateforme ou donjon naturel, formé par les roches énormes de cette montagne. Ce donjon était défendu par un  
     
  large fossé taillé dans le roc. On remarque encore les vestiges d'un pont-levis qui en défendait l'entrée. Plus loin est  
     
  le château, dont les bâtiments ne devaient pas être étendus, à en juger par le peu de terrein de son emplacement.  
     
  Un reste de tour moitié ronde, moitié carrée, et dont les murailles ont dix pieds d'épaisseur, est ce que l'on peut voir  
     
  de plus entier, le reste est absolument tombé. Le chemin qui conduit à ce château est tortueux et difficile, il est taillé  
     
  dans le rocher à plusieurs endroits. J'ai cru remarquer les vestiges d'une petite tour qui en défandait le passage.  
     
  Cette tour était au pied de la montagne. La situation de ce château est peut être l'endroit le plus désert et le plus  
     
  sauvage que l'on puisse voir. De cette élévation, l'œil ne discerne que de très hautes montagnes dépouillées  
     
  d'arbres et dont la cime est hérissée de rochers énormes, à moitié suspendus sur de pauvres habitations qui sont  
     
  au pied de ces montagnes ménaçantes. Dans cette effrayante solitude, vous n'entendez que les cris plaintifs de  
     
  quelques hiboux ou de quelques oiseaux de proie qui sont nichés dans les crévasses des rochers qui vous  
     
  entourent, et qui sont l'asile ordinaire des uns et d'autres animaux sauvages dont ces montagnes sont remplies.  
     
  Quelques pauvres paysans des alentours, espérant trouver quelques trésors dans les caveaux, font des fouilles  
     
  au milieu des ruines de ce château. Pour les découvrir ils choisissent ordinairement la nuit pour leurs ténébreuses  
     
  opérations. Enfin cette antique forteresse nous retrace sensiblement ces anciens châteaux ruinés, résidence  
     
  ordinaire des fées, d'enchanteurs et d'autres esprits malfaisans, dont le Tasse et l'Arioste nous ont donné de si  
     
  brillantes et de si effrayantes descriptions.  
 
  Messeigneurs le Prince Charles et le Prince Guillaume, évêque de Tournai, de la Maison de Salm, visitèrent ce  
     
  château en 1779. Ils en constatèrent l'époque par deux inscriptions l'une en latin et l'autre en français; l'une est  
     
  gravée sur le rocher brut et l'autre sur une espèce de tombe. On a aussi gravé les armes de Salm.  
     
  Voici l'inscription française « En marque de souvenir, l'an 1779, le 25 d'octobre, vinrent visiter ce roc et ancien  
     
  vestige du château et maison de souche de Salm-Salm les sérénissimes descendants, le prince Charles-Alexandre  
     
  et Guillaume-Florentin de Salm-Salm, accompagnés du sérénissime prince de Hohenlohe-Schillings-Furst, leur  
     
  illustrissime allié, ayant à leur suite MM. François Brunon Hombourg, syndic du grand chapitre de la cathédrale  
     
  de Strasbourg; Pierre François Noël, intendant de la principauté de Salm-Salm, Bernard et Marc Antoine Conard,  
     
  frères, entrepreneurs des forges de Framont.  
 
  Je visitai ce château pour en dessiner les ruines le 15 septembre 1784.  
     
  J'étais accompagné de M. l'abbé Destournelles. Nous trouvames quelques os de morts, quelques fragments  
     
  d'anciennes vaisselles de grès, une grande pierre carrée percée à plusieurs endroits et dont j'ignore l'usage. On  
     
  conserve aussi à Framont chez Mus les directeurs des forges, plusieurs débris d'armures antiques trouvées dans  
     
  ce château.  
     
 
  CHATEAU DE SCHIRMECK  
     
     
 
       
 
 
         
     
     
              Château de      
              Schirmeck  
              (Bas Rhin)  
     
     
     
     
     
     
     
     
 
  Le château de Schirmeck, qui veut dire en Allemand angle de défense, est bâti sur l'angle d'une petite montagne  
 
  au dessus de ce village et de celui de la Broque qui dépend de la Principauté de Salm. Ce chàteau consiste en une  
     
  très haute tour octogone et dont les pierres sont taillées à facette de diamants. On voit aussi. Quelques autres  
     
  ruines des bâtiments qui le composaient ainsi que plusieurs pans de muraille à moitié détruits. Un très large fossé  
     
  que l'on voit encore aujourd'hui défendait ce château du côté de la montagne. De l'autre côté est une roche très  
     
  escarpée qui rendait son assiette difficile et dangereuse. Schirmeck est le premier village d'Alsace séparé de la  
     
  Broque, qui est Lorraine, par la petite rivière de Bruche.  
 
  A l'origine, le village de Schirmeck parait avoir été une dépendance du château de Girbaden, lequel appartenait,  
     
  comme on sait, aux comtes d'Eguisheim.  
     
 
 
   
   
   
   
  Château médiéval de Girbaden  
  aquarelle de G. Osterwald  
   
   
   
   
   
   
 
  L'acte de fondation de l'abbaye d'Altorf par Hugues III, comte d'Egisheim, dit que la dite abbaye percevait la dime  
     
  dans les villages voisins de Girbaden à savoir Grendelbruck, Muckenbach, Mallkirch, Barenbach et Schirmeck.  
     
  Schirmeck existait donc déjà au Xe siècle. D'autre part Schoepflin affirme que le château de Schirmeck, placé à  
     
  l'angle d'une montagne que baigne la Bruche, a reçu son nom de sa situation même et qu'il l'a communiqué au  
     
  village et devrait donc être d'une haute antiquité, et son origine ne saurait être attribuée aux évêques de Strasbourg.  
     
  Schirmeck, comme dépendance de Grendelbruck, n'est parvenu à l'évêque de Strasbourg, Berthold de Teck, qu'en  
     
  1236, lorsque l'Empereur Frédéric II céda Girbaden avec toutes ses dépendances à l'évêque de Strasbourg. Trois  
     
   ans plus tard, le chàteau de Schirmeck devint siège du bailliage du même nom.  
 
  Le château avec tout le baillage fut plus tard vendu par l'évêque Jean de Lutzelbourg-Ligny à Jean, comte de Salm  
     
  en 1366, pour 12.000 florins, en se réservant toutefois le droit de rachat.  
     
  Le comte de Salm concéda en 1373 ce qu'il avait acquis 6 ans auparavant et pour le même prix à Jean d'Ochsenstein,  
     
  prévôt de la cathédrale, à Nicolas de Grünstein.  
 
  Ce pays par sa position doit naturellement renfermer plusieurs espèces de mines dans le sein des montagnes dont la  
     
  la plupart sont fort élevées, comme par exemple le Donon, et au pied de cette montagne est le village de Framont, très  
     
  connu par les forges et les minières dont il est entouré. On prétend même qu'elles ont été connues des Romains, qui  
     
  appellaient la montagne, Mont ferré, dont on a fait Framont. Quoiqu'il en soit, les forges sont très considérables, et  
     
  le fer qu'on y fabrique est de très bonne qualité, ce qui forme une branche de commerce considérable pour le pays.  
     
  Elles appartiennent au Souverain.  
     
 
 
  MINÉRALOGIE DE LA PRINCIPAUTÉ DE SALM  
     
  Les galleries de mines tant anciennes que nouvelles sont très multipliées. C'est surtout aux environs de Grand  
     
  Fontaine que sont les principales ouvertures pratiquées dans le roc vif. On y trouve quantité de belles espèces  
     
  de mines de fer, telles que le fer à facettes chatoyantes absolument semblables aux mines d'Elbe; le fer vierge,  
     
  la mine en cubes, la mine terreuse, sableuse, limonnense, blanche, etc. On y trouve aussi de belles congélations  
     
  connues sous le nom de Flos ferri. Beaucoup de cristalisations séléniteuses, spatiques, du cristal de roche,  
     
  quartz, spath et quelques pirites cuivreuses, etc.    Le fer est un métal très dur très sec et le plus difficile à fondre  
     
  de tous les métaux. Il est composé de sel vitriolique, de soufre et de terre combinées ensemble, C'est ce qui le rend  
     
  si facile à prendre la rouille.  
     
 
 
     
  Voir la page 8 intitulée :  
  "Les forges de Framont"  
        Entrée de la mine de Framont  
        les visites y étaient possibles encore recemment  
     
     
     
     
     
     
     
     
     
  La mine étant tirée des entrailles de la terre, on l'écrase au brocard, ensuite on la lave pour en séparer la terre et le  
     
  sable; puis on la met dans de grands fourneaux, on la couvre de charbon et de castine, qui est une pierre calcaire  
     
  et sulfureuse, et par le moyen d'un feu violent excité par de forts soufflets on la met en fusion. Alors on l'écume  
     
  d'une matière noire et vitrifiée ressemblante à l'émail. Ensuite on le coule dans des sillons de douze à quinze pieds  
     
  de longueur c'est ce qu'on appelle couler la gueuse en terme de forgeron.  
     
  Pour affiner la gueuse et la réduire en fer ordinaire, on la porte dans une forge où il y a un trou à ras de terre, on  
     
  la fond de nouveau. L'affineur alors la remue fortement dans le trou où la fusion est tombée; car plus la matière  
     
  a été remué et tourmentée, plus toutes ses parties s'unissent ensemble, le fer qui en provient alors devient  
     
  doux et malléable.  
 
  Quand cette matière a été suffisamment agitée, on la porte sur des enclumes, on la bat avec des marteaux  
     
  extrêmement pesants, mis en mouvement par les eaux. Ce procédé est pour extraire toutes les parties hétérogènes  
     
  qui peuvent y être restées. Alors on la porte à la chaufferie pour le réduire en barres, en plaques, en tôle, etc.  
     
  La tôle est du fer étendu en plaques plus ou moins minces. Les verges de fer viennent de fer en barres, chauffé  
     
  dans un four fait exprès, fendu par des roues d'acier, et qu'on a ensuite figuré.  
     
  Si on veut faire des chaudières, pots, casseroles, platines de cheminées, poëles, mortiers, boulets de canons, etc.,  
     
  on le jette dans des moules fondu avec des cuillers de fer, faits dans le sable. Il est bon d'observer que plus on  
     
  laisse le métal en fusion, plus les ouvrages sont beaux et finis; ordinairement on le laisse 18 heures. Ce fer ne peut  
     
  être mais on le polit à la force de bras avec de l'émeri ou du sable. On peut consulter sur tous ces procédés Valerius,  
     
  Cronstedt, Monet, le Baron d'Holback, enfin la minéralogie de Valmont de Bomare, etc.  
 
  Le voyageur curieux se fera conduire sous la galerie au-dessus de Grandfontaine. Il aura soin de se faire  
     
  accompagner de quelques hommes avec des  flambeaux ou chandeles, sans quoi il courrait le risque de se perdre  
     
  dans ces cavernes souteraines, comme j'ai manqué moi-même; le mineur qui me conduisait ayant malheureusement  
     
  laissé tomber sa lanterne, je fus obligé de rester seul pendant une grosse demi heure qu'il mit à revenir avec d'autres.  
     
  Qu'on se peigne un peu ma situation cent fois je maudis ma curiosité. Enfin, arrivé après quelques frayeurs à plus de  
     
  400 toises dans les entrailles de la montagne, je découvris le coup d'œil le plus agréable et le plus imposant. Figurez-  
     
  vous une salle d'une élévation et d'une grandeur prodigieuse, soutenue par une infinité de pilliers de marbre et de  
     
  cristal. Le bruit des eaux tombantes par des cascades de tout côté, filtrantes de ces colonnes et tombant par gouttes  
     
  de la voute la réverbération de la lumière faisant paraître autant de perles que de gouttes d'eau. Ensuite vous sentir  
     
  éloigné de tous les mortels à la réserve du forgeron enfumé qui vous accompagne et qui, pour vous distraire, vous  
     
  chante ou plutôt vous hurle la chanson lugubre des mineurs, qui paraît être un cantique des anciens Druides; les  
     
  échos des alentours qui vous répètent encore les finales de cette détestable chanson cette situation et ensuite ce  
     
  grand et unique coup d'œil est bien capable de vous faire oublier les peines que vous avez eues pour descendre  
     
  dans ce lieu enchanté qui nous retrace véritablement tout ce que le Tasse et l'Arioste et autres romanciers nous ont  
     
  écrit des palais des Fées et des enchanteurs, et même dont les brillantes descriptions nous paraissent froides en  
     
  comparaison de ce qu'on vient de voir de ses propres yeux.  
     
  De l'autre côté de Grand-fontaine est un ruisseau considérable qui prend sa source au pied du Donon. Ce ruisseau  
     
  sort en gros bouillons de neuf différents endroits dans les crévasses du rocher, distants tout différents endroits dans  
     
  les crévasses du rocher, distants tout au plus d'un pied de l'un à l'autre, et en si grande abondance que ses eaux  
     
  font tourner plusieurs roues à cent pas de leur source.  
     
  On a découvert depuis environ quinze ans, au-dessus de ce village, une très abondante carrière de marbre blanc,  
     
  veiné gris et de brèche violette. Ce marbre n'est pas absolument dur, ni compacte. Il est communément appellé dans  
     
  le pays marbre de Senones.  
     
  On y a établi une espèce de manufacture sous le nom de marbrerie. On y scie le marbre en grands blocs par le  
     
  moyen d'une très ingénieuse mécanique, mise en mouvement par les eaux du ruisseau dont j'ai parlé. On y fait des  
     
  chambranles de cheminées, des tables, tablettes de commodes, de buffets, des vases, colonnes, etc. La ville de  
     
  Strasbourg enlève beaucoup de ces ouvrages. On trouve aussi la même espèce de marbre à peu près à Schirmeck,  
     
  frontière de ce petit pays.  
     
  Rothau est un village à une lieue de Framont. Il y a aussi des forges et des mines de fer de même qualité que celles  
     
  de Framont.  
 
  Il y a à Framont, fonderie, chaufferie, affinerie avec marteaux et martinets. On vient aussi d'y construire de grands  
     
  bâtiments destinés à la fonte des canons, que l'on y fond avec succès depuis environ trois ans. M. Chouard de  
     
  Strasbourg sont maintenant à la tête de ces forges. Je les visitai avec beaucoup d'attention en 1782. Je fus reçu  
     
  quoiqu'étranger avec beaucoup de politesse et d'affabilité par l'officier de cet établissement. Il eut la générosité de  
     
  me faire présent de plusieurs beaux morceaux de mines.  
     
  J'ai aussi visité une ardoisière considérable au dessus de Raon-sur-Plaine. On y trouve beaucoup de pirites  
     
  cuivreuses, contenant beaucoup de soufre. On pourrait tirer parti de ces pirites, dont j'ai rapporté plusieurs que j'ai  
     
  envoyées à un célèbre médecin de Lyon, actuellement à Montpellier, M. Rosléis, célèbre minéralogiste. J'en ai  
     
  conservé quelques unes, dont une entr'autres très riche et très belle fait un des beaux morceaux de mon cabinet  
     
  d'histoire naturelle.  
 
  L'ardoise se lève par couche verticale. On la divise par le moyen des ciseaux qu'on fait entrer dans les interstices  
     
  avec le marteau de bois. On la réduit en lames minces propres à couvrir des maisons, châteaux, etc.  
     
  Le travail doit être fait dans le temps que la pierre est nouvellement tirée et qu'elle est encore humide. Cette ardoisière  
     
  devrait attirer les soins du gouvernement qui, au lieu de laisser couvrir les maisons en essaims de bois selon la  
     
  coutume du pays, préviendrait les incendies, en y substituant l'ardoise, qui à l'utile y joindrait encore l'agrement  
     
  du coup d'oeil. Mais non, cette ardoisière est seulement exploitée par les paysans des alentours pour leurs besoins.  
     
  Une carrière abondante de pierre sableuse très facile à exploiter. Elle se lève par couche de 10 à 12 pieds sur un  
     
  pouce même et un demi pouce d'épaisseur. Elle serait aussi d'une grande utilité pour la couverture des maisons des  
     
  maisons des alentours, la pluplart couvertes en chaume. Cette carrière est très négligée. Elle est entre le village de  
     
  Belval et celui de Plaine. Les roches du Donon et des autres montagnes du pays sont la plus grande partie  
     
  composées de roches primitives et de bans de pierres de grès très dures, d'autres bans de pierres sableuse,  
 
  quartzeuse, spathique. Beaucoup de poudingue grossier, composé de quantité de grands et de petits cailloux liés  
     
  ensemble par un gluten pierreux. On trouve aussi dans ce pays du cristal de roche, quartz cristallisé, cristal  
     
  spathique, grenu, et granites. Quelques agathes cornalines mêlées et autres plus communes sur une petite  
     
  monticule au dessus de Senones, près de la glacière. Elles ne le cèdent en rien à celles du duché de Deux  
     
  ponts que par la petitesse de leur volume. Au dessus de Senones est une carrière d'un sable qui ressemble  
     
  beaucoup par sa nature et son gluten à la pouzzolane des environs de Naples. Auprès de l'abbaye de Moyenmoutier,  
     
  on trouve de belles pierres à aiguiser, des pierres à rasoirs, en latin cos, ou pierres Naxiennes. Ces pierres sont  
     
  aussi parsemées de dendrites et d'arborisations. Valmont de Bomarre en parle dans sa minéralogie.  
 
  Je crois aussi être sûr de l'existence d'une mine de charbon minéral Litenhoz, ou Carbo fossilis, dans une  
     
  colline située à quelques distance de Senones. Je dois cette découverte au hazard, voici comme la chose arriva.  
     
  M'étant enfoncé dans la forêt pour y dessiner quelques roches et y rêver à mon aise; je remarquai sur les bords d'un  
     
  petit ruisseau des pierres noirâtres, jaunâtres et luisantes. J'en ramassai quelques unes que je trouvai incrustées et  
     
  impreignées d'une croute gluante et sulfureuse. Curieux de savoir d'où venaient ces pierres, je remontai le ruisseau  
     
  qui les avait charriées, enfin je trouvai la source de ce ruisseau à quelques cent pas plus haut. L'eau qui sortait des  
     
  crevasses du rocher était jaune et chargée d'une espèce de bitume gluant entre les doigts; ce qui me fit soupçonner  
     
  que ces eaux devaient passer sur une houillière prochaine, puisque j'en trouvais encore des débris aux environs.  
     
  Charmé de cette découverte, je ramassai de ces pierres et revins chercher de cette eau dans une bouteille pour  
     
  l'analyser, ce que je fis moi-même; je trouvai un sédiment d'acide vitriolique. N'osant me fier à mes trop faibles  
 
  connaissances, j'envoyai cette eau à un célèbre chimiste, mon ami à Lunéville, qui par les expériences qu'il a faites  
     
  m'a parfaitement confirmé dans mon opinion. J'ai bien remarqué cet endroit, je désirerais trouver des personnes  
     
  capables de faire certaines avances pour profiter de cette découverte et à qui je pus confier mon secret. Je serais  
     
  charmé de m'être rendu utile dans un pays où jamais je n'ai été bien connu et de pouvoir obliger la société, etc. etc,  
 
 
 
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